La légende de Saint Pierre des Têtes [Fionnay (Valais / Suisse)]

Publié le 15 mai 2023 Thématiques: Animal , Ermitage , Ermite , Fleuve | Ruisseau | RIvière , Légende chrétienne , Miracle , Protection , Saint Martin , Saint | Sainte , Serpent ,

La Dranse à Fionnay
La Dranse à Fionnay. Source notreHistoire.ch
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Source: Courthion L. / Revue des Traditions Populaires (1891) (2 minutes)
Lieu: La Dranse / Fionnay / Valais / Suisse

Une fois, le bon saint Martin – celui qui, un jour d’hiver, donna la moitié de son manteau à un pauvre – traversa la vallée de Bagnes, dont la plaine actuelle était encore en lac et dont la partie supérieure restait en glacier ou en friche.

Dans une forêt voisine de Fionnin, il rencontra, dans un amas de roches, un grand nombre de serpents de forte taille. Il daigna, dans sa bonté et surtout dans sa puissance, songer aux tribulations qu’un pareil voisinage pouvait causer aux rares habitants de la contrée. Pour ce, il chassa donc les serpents des abords du sentier, les obligeant à se réfugier pour toujours sur la rive opposée. Ces bêtes obéirent et, aujourd’hui encore, l’une des rives de la Dranse est infestée de serpents, tandis qu’on n’en trouverait pas un seul le long de la rive qu’a purgée le saint. Pour veiller à l’exécution de ses saintes volontés, il chargea un homme digne de toute confiance, Pierre des Têtes, de se choisir une retraite dans ces parages. L’ermite se construisit une hutte sur les Têtes de Fionnin, éminence boisée qui commande comme une forteresse la partie inférieure de la vallée. Depuis lors, plusieurs fois, les mauvais esprits, ravis de jouer un tour au Saint, essayèrent, la nuit, de faire passer des serpents d’une côte à l’autre; mais, au milieu de la rivière, les reptiles incapables d’aller plus loin se coupaient en deux tronçons et tombaient à l’eau.

Plus tard, nous dit-on, bien plus tard, les paysans auraient voulu s’assurer de tout cela et prendre des serpents vivants pour leur faire passer l’eau. Ils essayèrent, mais au milieu du pont les bêtes leur glissaient des mains, et celles qui étaient trop avancées pour regagner leur retraite se précipitaient en deux morceaux dans la Dranse.

Pierre des Têtes est resté là durant des siècles et des siècles. Il ne descendait jamais dans la vallée, sa mission étant de régler les actes de la sorcellerie et d’empêcher les mauvais esprits d’empiéter sur des régions qui ne leur étaient point assignées. Aussi, passait-il pour le plus saint des hommes de la contrée.

On raconte à son sujet qu’une fois le curé de la paroisse se fit un scrupule de l’inviter à descendre au Châble faire ses Pâques.

L’ermite se rendit à l’appel. Le dimanche de Pâques, il arriva, un gourdin à la main, vêtu de peaux, les cheveux flottants, et traversa l’église pleine de fidèles. Au choeur, il échangea quelques paroles avec le curé. Ce dernier se préparait à l’introduire dans la sacristie pour recevoir sa confession, quand l’anachorėte tira son lourd manteau de peau de bouc.

A ce moment, par une étroite lucarne passait un petit rayon de soleil qui barrait en travers le vide de la voûte. L’ermite y jeta son manteau qui resta accroché au rayon de soleil comme à un clou. Vous êtes plus saint que moi ! dit le curé, je vous dispense pour jamais de la confession !


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