La légende de seigneur La Jaille de Fougeré [Baugé-en-Anjou (Maine-et-Loire)]

Publié le 10 décembre 2023 Thématiques: Assassinat , Château , Légende historique , Maltraitance , Mort , Noblesse , Paysan , Torture ,

Château de Gatine
Gyl GADIFFERT, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons
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Source: Fraysse, Camille / Le Folk-Lore du Baugeois, recueil de légendes, traditions, croyances et superstitions populaires (1906) (2 minutes)
Lieu: Château de Gatine / Baugé-en-Anjou / Maine-et-Loire / France

Le seigneur La Jaille (Jacques d'Avoines, sieur de la Jaille, intendant du maréchal de Schomberg, à Durtal), vivait au XVIe siècle à Gastines, en Fougeré, et avait la réputation d'un seigneur cruel et méchant ; il ne tenait aucun compte de la vie de ses sujets.

On raconte qu'un jour à la suite d'un pari, il abattit d'un coup d'arme à feu un ouvrier occupé à réparer un toit, sur une maison.

Il fit, une autre fois, l'expérience de savoir, lequel d'un bœuf ou d'un homme, résisterait le plus longtemps à la faim ; il avait, dans ce but attaché chacun d'eux dans une dépendance de son domaine, et avait poussé la cruauté jusqu'à placer des aliments sous leurs yeux, mais hors de leur portée.

L'homme, rapporte la tradition, survécut d'un jour au bœuf, mais il s'était dévoré un bras. On montrait encore, il y a quelques années, l' endroit où cette abominable expérience avait été faite.

Ayant fait établir sur le sol un plan fortement incliné en forme de chemin creux, terminé à son extrémité inférieure par une haute barrière, La Jaille faisait transporter une pipe de vin, qu'il poussait et mettait en mouvement. Il forçait alors un de ses sujets à se placer au-devant de cette barrique, qui acquérait en roulant une vitesse de plus en plus considérable.

Le manant devait, pour sauver son existence, arriver avant cette masse roulante à la barrière et l'escalader, ce qui était, dit-on, très difficile. Dans le cas contraire, il était infailliblement écrasé par le rouleau énorme que constituait la barrique en marche. Si le manant cherchait à s'esquiver du trajet suivi par la barrique, La Jaille et ses amis le rejetaient dans le chemin, en tirant sur lui à coups d' armes à feu, comme sur une bête fauve.

Les forfaits de La Jaille devinrent sans nombre. Toutefois, voyant sa fin approcher, il voulut expier ses crimes, disant que quelques souffrances qu'il pût endurer, elles n'excéderaient pas celles qu'il avait fait supporter à ses très nombreuses victimes. Il se fit placer et enfermer tout nu dans une barrique dont les parois intérieures étaient garnies de clous acérés, et il fit lancer ensuite ce fût dans l'eau. La tradition rapporte que la barrique fut bientôt pleine du sang de La Jaille, lequel s' écoulait au dehors tant par la bonde que par les trous des clous plantés dans les parois.


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