La légende de la construction du château de Luxembourg [Luxembourg / Luxembourg / Belgique]

Publié le 27 mai 2025 Thématiques: Âme , Château , Construction , Diable , Diable constructeur , Diable victorieux , Mort , Noblesse , Pacte avec le Diable ,

Rocher du Bock
Rocher du Bock. Source Zinneke, CC BY-SA 3.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0>, via Wikimedia Commons
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Source: Gredt, N. (Dr.) / Sagenschatz des Luxemburger Landes (1883) (2 minutes)
Contributeur: Fabien
Lieu: Rocher du Bock / Luxembourg / Luxembourg / Belgique

Il y a plus de neuf cents ans, vivait à Körich, dans son château, le comte Sigefroid.
Un jour, lors d’une partie de chasse, il se perdit et parvint dans la vallée de l’Alzette, à l’endroit où se trouvent aujourd’hui les faubourgs de Luxembourg : Grund, Clausesn et Pfaffenthal, qui encerclent en arc le rocher du Bock.
À cette époque, le lieu était sauvage et désert, si bien que rarement un voyageur s’y aventurait.
Sigefroid aperçut alors les ruines d’un ancien fort romain au sommet du rocher et trouva l’endroit idéal pour y construire un château.

En 963, il acquit le rocher et la forêt environnante auprès de l'abbé de Saint-Maximin de Trèves, par échange contre sa belle seigneurie de Feulen, près d’Ettelbruck.
Mais faute d’argent, il dut renoncer longtemps à la construction du château.
Un soir, à la veille de l’Assomption, Sigefroid, accablé de tristesse, était assis dans son château de Körich. Il en vint presque à regretter cet échange insensé. Dans son désespoir, il invoqua le diable.

Celui-ci apparut immédiatement et se dit prêt à lui donner beaucoup d’argent, à débarrasser les ruines romaines, à ériger en une nuit un château selon ses désirs, et même à construire une route directe entre Körich et le nouveau château.
Mais à une seule condition :
« Tu me céderas ton âme, que je viendrai chercher dans trente ans, jour pour jour, à la même heure. »
Sigefroid accepta le pacte.

Le lendemain matin, le comte emprunta une large route menant à Luxembourg, et là, s’élevait déjà le château flambant neuf de Lützelburg, magnifiquement construit et décoré, exactement comme il l’avait rêvé.

Mais le pacte infernal tourmenta vite Sigefroid. Il décida d’employer toute sa richesse au bien : il fit construire des églises, des chapelles, les dota généreusement, et fit célébrer des messes quotidiennes pour être délivré du pouvoir du démon.

Lorsque le soir du 14 août 998 arriva — le trentième anniversaire du pacte, Sigefroid invita tous les chevaliers voisins à un grand banquet.
Il fit garder le château avec la plus grande rigueur, en ordonnant de ne laisser entrer personne, qui que ce soit.
Mais à l’heure exacte où le démon lui était apparu 30 ans auparavant, le diable surgit brusquement, sous la forme d’un chevalier gigantesque, et fit signe à Sigefroid de le suivre.

Sigefroid prit congé de ses hôtes et entra dans une autre pièce. Là, le diable le saisit et disparut avec lui par une fenêtre, laissant derrière lui une puanteur pestilentielle.

Un moine, qui entra juste après dans la pièce, affirma avoir vu que « le diable n’avait emporté que le corps du comte, mais que son âme avait été enlevée au ciel par des anges. »

Sources : D’après les notes de N. Gonner et des récits oraux.


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