Le Cocha est une âme condamnée en expiation de toutes ses fautes, à laver du linge dans les torrents de la montagne. On l'entend plus particulièrement au torrent de Pétérey, près d'Evolène, et il n'est pas rare d'ouïr, aujourd'hui encore, de bonnes gens à la foi robuste, déclarer avoir entendu maintes fois, le soir ou le matin, le bruit du linge mouillé du Cocha, frappant sur le battoir — en l'occurenoe un bloc de pierre, plat ou arrondi, placé au bord du torrent.
Si un faneur matinal ou attardé, avant le lever ou après le coucher du soleil, se trouve à proximité du Cocha, le damné l'interpelle et, d'une voix suppliante, lui demande d'appuyer sa fourche ou un instrument quelconque sur le linge, au moment où il frappe sur le battoir, et de le presser assez fortement pour que, en le retirant, le tissu se déchire. Telle est la condition requise pour que le malheureux pénitent soit délivré de ses peines.
Mais si par malheur l'instrument glisse, ou que la pression soit trop faible pour qu'en le retirant le linge ne soit pas déchiré, le Cocha reste dans la damnation, et l'infortuné qui n'a pas réussi à le délivrer est menacé d'être haché aussi menu que l'herbe qu'il vient de faucher.
On raconte à Evolène qu'un jour un Cocha fut délivré par un faucheur, qui sut si fortement retenir le linge sale du damné avec sa fourche, qu'il en fit plusieurs lambeaux. L'âme du défunt apparut la même nuit au charitable paysan et lui dit :
« Grâce à toi, je suis sauvée, et je jouis maintenant du bonheur éternel ; je suis venue pour te remercier, en t'annonçant que, pour ta récompense, tu seras béni de Dieu dans ta famille, jusqu'à la quatrième génération. »
Les événements qui suivirent se chargèrent de confirmer en tous points la prédiction du Cocha : les quatre générations de la famille du paysan fournirent huit religieux à l'Eglise et autant de tabellions à la magistrature, ce qui représentait alors à la campagne, le summum de la gloire terrestre.


