La légende de la source de la Seine [Source-Seine, Saint-Seine-l'Abbaye (Côte-d'Or)]

Publié le 11 mars 2023 Thématiques: Eau , Générosité , Miracle , Origine , Origine d'une source , Pauvre , Punition , Récompense , Source ,

La source de la Seine
Thesupermat, CC BY-SA 3.0 , via Wikimedia Commons
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Source: de Ponthieu Amédée / Légendes du vieux Paris (1867) (2 minutes)
Lieu: Ville de Saint-Seine-l'Abbaye / Saint-Seine-l'Abbaye / Côte-d'Or / France
Lieu: Source de la Seine / Source-Seine / Côte-d'Or / France

Un jour, un bon pèlerin vint au village de Saint-Seine; il était fatigué et de chétif aspect.

Après avoir frappé en vain avec son bâton poudreux à toutes les chaumières, il allait quitter tristement la bourgade inhospitalière, plaignant du fond du cœur l'endurcissement de ses habitants, quand une porte s'ouvrit pour lui. La ménagère lui donna escabeau à sa table et place à son foyer.

Le soir était venu, et, voyant qu'elle ne lui demandait rien, il lui souhaita la bonne nuit en lui disant : « Bonne femme, merci de m'avoir donné un gîte quand tout le monde me repoussait! Et en récompense, laissez-moi vous octroyer un don. La première action que vous ferez demain matin, en vous levant, se continuera toute la journée ; et que Dieu, qui voit d'un oeil favorable toute les bonnes actions, bénisse vous et toute votre postérité. »

Et il s'en alla, laissant la villageoise peu crédule au souhait d'un si piètre voyageur.

Mais il arriva que le matin, au premier chant du coq. sans songer au don de son hôte, elle se mit à ranger le linge du ménage, et les hardes se multiplièrent avec la même rapidité que les petits pains et les petits poissons avec lesquels le Christ nourrit miraculeusement autrefois tout le peuple qui l'avait accompagné sur la montagne. Les hardes montaient, montaient toujours, et il y en eut tant et tant que le soir la hutte fut comble jusqu'au faîte.

Et alors elle tomba à genoux et remercia Dieu de ce qu'un de ses saints serviteurs avait visité son humble demeure.

Une voisine qui connut l'aventure eut repentance de sa dureté, et se promit de ne plus repousser le voyageur que la Providence enverrait à son seuil.

A quelques jours de là, le même pèlerin, retournant en Judée, traversa de nouveau le village et vint heurter à sa porte.

Elle lui ouvrit, lui offrit le pain, le vin, un gîte pour la nuit, et, le soir, le voyageur paya son hospitalité avec sa monnaie habituelle, c'est-à-dire, avec un don.

La première action du lendemain matin devait se répéter, non-seulement pendant une journée entière, mais pendant cent ans.

Or, il arriva que la ménagère dormit, et dormit si bien qu'elle ne se souvint plus, en se levant avec l'aurore, du souhait dont l'avait gratifiée le pèlerin; elle se mit à puiser de l'eau dans un trou vis-à-vis de sa cabane et à l'apporter dans une auge en pierre pour la lessive de la journée, et, malgré elle, poussée par une force mystérieuse, elle continua toujours ainsi, puisant éternellement de l'eau dans un trou inépuisable et venant la verser dans l'auge qui, débordant continuellement, forma un ruisseau, origine de la Seine.

D'après cette naïve tradition, cette bonne ménagère serait la naïade villageoise de notre grand fleuve parisien, et ceux qui la racontent ajoutent que si ses eaux limpides sont si recherchées des lavandières et blanchissent si bien le linge, c'est à cause de la corvée matinale de la rustique Bourguignonne.


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