Il y a de cela bien, bien des années, les habitants de l’Allemagne vivaient dans de petites villes entourées de hautes murailles.
Ils élevaient ces remparts parce que leurs villes étaient souvent en conflit les unes avec les autres.
Les murailles les protégeaient contre leurs ennemis.
Les habitants installaient parfois des ruches au sommet des remparts.
Les abeilles pouvaient ainsi s’envoler vers les champs situés à l’extérieur de la ville pour y recueillir du miel.
Il n’y avait pas suffisamment de fleurs à l’intérieur de la cité pour les nourrir.
Un matin, deux garçons boulangers avaient faim.
Ils avaient dû se lever de très bonne heure.
De beaux petits pains venaient tout juste d’être retirés du four.
Les garçons se dirent qu’il serait délicieux de les manger avec un peu de miel.
— Montons sur les remparts et prenons un peu de miel dans l’une des ruches, proposa John.
— Mais les abeilles vont nous piquer, répondit James.
Et puis, le veilleur des remparts pourrait nous apercevoir.
Nous aurions alors des ennuis d’une tout autre sorte.
John parvint néanmoins à convaincre James de l’accompagner.
Les deux garçons sortirent furtivement de la boulangerie et traversèrent la rue en courant.
Quelques minutes plus tard, ils gravissaient silencieusement l’escalier qui conduisait au sommet de la muraille.
Le veilleur était introuvable.
Il avait probablement été gagné par le sommeil et s’était retiré quelque part pour se reposer.
Mais un bruit étrange se faisait entendre au loin.
Les garçons tendirent l’oreille, mais tout redevint silencieux.
Ils avancèrent sans bruit le long du rempart jusqu’à ce qu’ils atteignissent les ruches.
Ils se couvrirent alors le visage et se préparèrent à dérober le trésor des abeilles.
John soulevait à peine le couvercle de l’une des ruches lorsqu’il entendit un nouveau bruit étrange.
Il la reposa précipitamment.
Le bruit semblait provenir de l’autre côté de la muraille.
Les garçons se penchèrent au-dessus du rempart et aperçurent une petite armée.
C’étaient les habitants de Linz, venus attaquer la ville.
Les deux garçons furent tout d’abord saisis d’une peur terrible.
Ils comprirent cependant qu’ils devaient agir pour sauver la cité.
— James, dit John, cours là-bas et fais sonner la cloche.
Pendant ce temps, je vais faire tomber les ruches sur la tête de nos ennemis.
James obéit.
John poussa l’une des ruches par-dessus le rempart.
Elle tomba sur la tête du chef des assaillants et se brisa en morceaux.
Furieuses d’avoir été ainsi dérangées, les abeilles se jetèrent sur les hommes et leur piquèrent les mains et le visage avec une telle violence qu’ils s’empressèrent de prendre la fuite.
Une deuxième ruche tomba de la muraille, puis une troisième.
Les abeilles en colère mirent bientôt toute l’armée en déroute.
Entre-temps, le tintement de la cloche avait appelé les habitants à défendre la ville.
Mais l’armée ennemie était déjà repartie.
Les deux garçons et les abeilles avaient sauvé la cité.
Les garçons ne furent pas punis.
Au contraire, les habitants les félicitèrent pour leur présence d’esprit.
Il fut décidé qu’un monument serait élevé en leur honneur.
L’un des garçons devint plus tard maire de la ville.
L’autre fut longtemps considéré comme le boulanger le plus célèbre de son époque.


