Le Palet de Gargantua était autrefois le but d'un pélerinage superstitieux. Au printemps, le peuple allait déposer sur la pierre une poignée de trèfle pour se préserver du cheval malet, cheval blanc que les gens trouvent la nuit, selle et bridé sur leur route et qui les sollicite de monter sur son dos, pour les jeter dans les précipices et surtout dans les fontaines. Un coureur de cabarets et de veillées, rencontre, un soir, le complaisant animal qui fléchit le genou pour lui donner la facilité de se bien placer en selle; mais à peine a-t-il saisi les rênes, qu'il se sent emporté avec une rapidité effrayante â travers plaines, collines, ruisseaux et broussailles ; vingt fois le coursier cherche à le désarçonner, vingt fois il résiste aux efforts de son indomptable adversaire; force fut au cheval malet de ramener, au lieu où il l'avait pris, le villageois qui ruisselait, il est vrai, de sueur, de poussière et de sang, mais qui était demeuré vainqueur. Il devait son salut à la médaille de Saint-Benoit, dite croix des sorciers, qu'il portait à son cou. [...]
On dit que le cheval malet se présente quelquefois au voyageur, n'ayant ni queue, ni tête, ce qui ne l'empêche pas de partir au galop, quand il le sent monté sur son dos.


