Dans la Lohkaul, une prairie située entre la Syre et la forêt des bouleaux (la Birk), apparaît la nuit un cheval blanc sans cavalier, portant une selle étincelante. À l’endroit où le fossé des bouleaux (Birfengraben) débouche sur les prés et les champs, il surgit soudain de la Birk et galope à toute allure jusqu’à la rive de la Syre, où il se met à brouter silencieusement.
Si un voyageur attardé passe alors par là, le cheval s’approche calmement et affectueusement, comme pour l’inviter à monter. Malheur cependant à celui qui, ignorant le danger, accepterait l’invitation de cette monture fantomatique : aussitôt, le cheval l’emporterait au galop vers le marais des bouleaux ou jusqu’à l’étang de Pleiteringen — et s’y plongerait avec lui dans les profondeurs. — Car ce cheval blanc n’est autre que la Dame des Bouleaux, errant ici sous une nouvelle forme.
Un jour, un homme, en voyage pour des affaires importantes, emprunta un sentier longeant la rive gauche de la Syre, passant par la Lohkaul. Il s’était attardé et était fatigué par sa longue route. Soudain, un magnifique cheval blanc surgit devant lui, portant une selle splendide qui brillait dans l’obscurité. Il se plaça doucement à ses côtés, comme pour lui tendre les étriers.
Nulle part ne se voyait un cavalier auquel ce cheval aurait pu appartenir.
« Eh bien ! s’écria le voyageur fatigué en caressant l’animal, tu tombes à pic ! » Et il sauta en selle.
Mais aussitôt, le cheval franchit la Syre d’un bond, puis, tel le vent, il le porta à travers buissons et broussailles jusqu’à l’étang de Pleiteringen — où il le précipita violemment dans les flots.
(J. Prott, curé)


