La légende de la fille du géant du Nideck [Oberhaslach / Bas-Rhin / France]

Publié le 14 avril 2023 Thématiques: Champs , Château , Cheval , Déclin , Déplacement , Enfant , Famille , Géant , Jeune fille , Jouet , Labour , Paysan , Princesse , Prophétie , Retrouvailles , Roi | Empereur , 335 vues

Château du Nideck
Château du Nideck. Source AnRo0002, CC0, via Wikimedia Commons
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Source: Kiefer F.J. / Légendes et traditions du Rhin de Bâle à Rotterdam (2 minutes)
Lieu: Château du Nideck / Oberhaslach / Bas-Rhin / France

Lorsque les êtres surnaturels hantaient encore l’Allemagne, une famille de géants résidait au château de Niedeck. Ces beaux temps sont passés, le château est depuis longtemps ruiné, mais le peuple n'a pas oublié les faits de ses compatriotes d'autrefois, et parle encore de leur taille et de leur force extraordinaire. C'étaient, suivant la légende, des géants énormes qui se tenaient loin du commerce des habitants du voisinage; étant d'un naturel doux, ils ne faisaient du mal à personne.

Or, il arriva que la petite fille du propriétaire châtelain s'éloigna, tout en se promenant, plus qu'à l'ordinaire de Niedeck. La jeune géante porta ses pas dans la forêt voisine et arriva à une vaste étendue de champs et de prés. Elle y aperçut un paysan avec son cheval et sa charrue.

Ce fut une chose toute nouvelle pour la jeune fille! Pendant quelques instants elle examina avec surprise cet homme labourant son champ. Pleine d'une joie enfantine à cette aspect, elle battit des mains. Les montagnes retentirent de sa joie bruyante, le bon laboureur s'arrêta tout effrayé, son cheval se cabra. „Quel joli joujou!" s'écria la jeune géante; avant que le campagnard sut d'où partaient ces paroles, la fille était déjà près de lui; elle le ramassa lui, son cheval et sa charrue avec tant de facilité, que si ç'eut été un petit objet ciselé dans le Tyrol, et emporta le tout dans son tablier.

Toute joyeuse elle retourna chez son père au château. Vois donc !" s'écria-t-elle, toute heureuse, en posant sur la table le paysan avec sa charrue attelée, „vois donc quelles gentilles petites figures je viens de trouver! un joujou vivant! oh, j'en aurai plus de plaisir que de toutes mes poupées de cuir qui ne savent pas se mouvoir !"

Mais le père répondit d'un air sévère: „Ma petite fille, sais-tu bien ce que tu as fait, sais-tu ce que tu apportes ? Tu as enlevé le paysan de son champ, tu l'as arraché de son travail, lui le plus utile de tous les humains, lui qui ne craint ni soleil, ni pluie, ni vent pour forcer la terre à nous fournir ses fruits! Sans ce que tu nommes un joujou, dans ton ignorance d'enfant, il n'y a de pain ni pour nous autres géants, ni pour l'humanité en général. Reporte donc bien vite l'homme avec son cheval et sa charrue; et retiens une fois pour toutes : „que celui qui se fait méchamment un jouet du paysan laborieux, s'attire la malédiction du ciel.“ Et sur les ordres de son père, la fille du géant remit le laboureur avec l'attelage à l'endroit même, d'où elle l'avait enlevé.

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Langues disponibles: Français
Source: Frary, Marie Hariette / The sunken city, and other stories (3 minutes)
Contributeur: Fabien
Lieu: Château du Nideck / Oberhaslach / Bas-Rhin / France

Il y a de nombreuses années vivait une puissante race de géants. Ils étaient aussi grands que les collines et habitaient d’immenses châteaux semblables à des montagnes. À leurs yeux, le monde était véritablement un endroit minuscule.

Ces géants aimaient néanmoins le monde et toutes les merveilles qu’il renfermait. La lumière du soleil, le chant des oiseaux, les champs verdoyants, les forêts, les rivières et le ciel bleu les enchantaient.

C’est pourquoi ils se promenaient très souvent. Ils allaient partout et contemplaient tout ce qui méritait d’être vu. Lorsqu’ils marchaient, cependant, ils enjambaient les vallées en passant d’un sommet à l’autre. Jamais ils ne descendaient dans les terres basses.

Le roi des géants était un homme puissant et bon. Il se montrait bienveillant envers son peuple et ses enfants, qui l’aimaient et l’honoraient tous. Parmi ses enfants se trouvait une ravissante jeune fille. Elle serait bientôt une femme, mais aimait encore beaucoup les jouets.

Comme les autres géants, Hilda, la fille du roi, aimait parcourir le monde. Elle y découvrait souvent des jouets des plus intéressants. Il lui arrivait de rapporter au château un ours ou un éléphanteau.

Un jour, Hilda partit se promener. La pluie l’avait obligée à demeurer plusieurs jours au château. Cette journée était cependant magnifique, et elle parcourut une très grande distance, même pour la fille d’un géant.

La jeune fille enjamba vallée après vallée, passant d’un sommet à l’autre, jusqu’à se trouver très loin de sa demeure. Jamais encore elle ne s’était aventurée aussi loin. Le pays lui semblait très différent, mais également fort agréable.

Elle finit par s’arrêter et regarda autour d’elle afin d’admirer le paysage. Une large vallée s’étendait devant elle, et elle y aperçut de nombreuses choses curieuses. Parmi celles-ci se trouvait un homme qui labourait un champ avec des chevaux. Elle n’avait encore jamais rien vu de semblable.

— Oh ! s’écria-t-elle. Quels ravissants jouets ils feront ! Et ce seront de véritables jouets vivants ! Comme elle est charmante, cette petite créature qui marche derrière ! Quant à l’objet qu’elle tient, il fera un jouet magnifique. Les autres animaux seront d’adorables compagnons. Il me les faut tous !

Hilda tendit la main vers la vallée, ramassa l’homme, la charrue et les chevaux, puis les déposa dans son tablier. Elle retourna ensuite chez elle afin de les montrer à son père.

— Regardez les merveilleux jouets que j’ai trouvés ! lui cria-t-elle en entrant précipitamment dans l’immense château.

— Mon enfant bien-aimée, lui répondit le bon roi, ce ne sont pas des jouets. Tu dois les rapporter et les déposer exactement à l’endroit où tu les as trouvés. Tu ne devras plus jamais les toucher. Cette petite créature est un homme, et une épouse ainsi que des enfants l’attendent dans sa demeure. Ils seront très malheureux s’il ne revient pas auprès d’eux.

— Un jour prochain, poursuivit-il, le monde entier appartiendra à de petites créatures semblables à cet homme, tandis que notre race aura disparu.

La fille du roi fut très triste en entendant ces paroles. Elle ne voulait pas renoncer à des jouets aussi merveilleux. Mais elle avait bon cœur et aimait profondément son père. Elle savait également qu’il comprenait ces choses bien mieux qu’elle. Elle remit donc l’homme, la charrue et les chevaux dans son tablier et les rapporta à l’endroit où elle les avait trouvés.

L’homme fut extrêmement heureux lorsqu’elle le déposa de nouveau dans son champ. Sa bonne épouse et ses enfants s’y trouvaient également, et tous se réjouirent de le revoir. Ils avaient craint qu’un malheur ne lui fût arrivé.

La jeune géante les observa quelque temps, s’émerveillant de tout ce qu’elle voyait. Le bonheur de l’homme, de son épouse et de leurs enfants la remplit de joie. Elle ne regrettait plus d’avoir renoncé à ses jouets et regagna sa demeure le cœur léger.


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