La légende du mouton floconneux du Mont Riounet [Saint-Étienne-de-Tinée / Alpes-Maritimes / France]

Publié le 1 mai 2025 Thématiques: Accusation , Animal , Berger , Innocent , Libération , Montagne , Mort , Mouton , Procès , Sorcellerie , Sorcier , Transformation , Transformation en animal ,

Mont Riounet
Mont Riounet. Source Rando.canalblog.com
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Source: Chanal, Édouard / Contes et légendes du pays niçois (1895) (2 minutes)
Contributeur: Fabien
Lieu: Mont Riounet / Saint-Étienne-de-Tinée / Alpes-Maritimes / France

— « Mère, — demanda encore notre hôte, — n'est-ce pas dans ce torrent de la Maïssetto qu'un berger fut, dans la suite, précipité par le mouton floconneux, ce qui faillit coûter bien cher à un ami de la victime ?

« Vous faites une confusion, mon fils, — répondit l'interpellée, plus experte sur les choses du grimoire. — Le précipice où disparut le berger en question est bien sur le même versant du mont Rionet; mais c'était un endroit enchanté, et cette qualité-là, vous comprenez que le torrent l'avait perdue aussitôt que l'expiation subie par la petite sorcière eut détruit le charme attaché à son ouvrage.

« Je rappelle, pour ces Messieurs qui n'ont pas l'air de connaître la tradition, que ce fameux mouton à l'épaisse toison blanche, qui paraissait toute d'or sous les rayons du soleil, n'était autre qu'un magicien déguisé. Il avait eu l'art de se faire estimer de son gardien à plus haut prix que tout le reste du troupeau réuni, tandis qu'un jeune pâtre d'à côté, plus défiant, avait dressé son chien à le tenir à distance, car il lui trouvait des allures trop superbes et trop astucieuses pour n'être qu'un porte-laine comme les autres.

« Or, voyez ce que fait le magicien bêlant pour se venger de cet intelligent jeune homme, qui ne voulait pas être sa dupe. Il feint de s'engager imprudemment sur les bords du précipice, afin d'y attirer son maître inquiet qu'il n'y tombe; puis, d'un coup de sa grosse tête crépue, fait rouler en bas le pauvret, coupable seulement de l'aimer trop, dans l'espoir que le crime sera imputé au voisin jaloux.

« Ce qui arriva comme il l'avait prévu : le pâtre, accusé du meurtre de son ami, qu'il pleurait pourtant de bon cœur, eut beau attester tous les saints de son innocence; comme il ne put désigner le meurtrier, on le condamna à finir ses jours en prison, trop heureux de n'être point pendu haut et court !

« Cependant, l'année d'après, un habitant de Roya, passant par hasard au fond du précipice, entendit dans les branches, au-dessus de sa tête, une voix, qui chantait d'un ton dolent :
« Cu t'a campa? (Qui t'a précipité?)
— « Lou moutoun flouta ! » (Le mouton floconneux !) répondit une autre voix, qui semblait venir des entrailles de la terre.

« L'aventure, portée à la connaissance du juge, le convainquit de son erreur, et il s'empressa de faire élargir le prisonnier. »


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