La légendes des danseurs de Font Serein [Lussac-les-Châteaux (Vienne)]

Publié le 28 décembre 2022 Thématiques: Berger , Bergère , Danse , Impiété , Jeunes gens , Messe , Messe (ne pas assister à) , Origine d'une roche , Pierre | Roche , Source , Transformation , Transformation en pierre ,

Grotte de Font Serein
Grotte de Font Serein. Source CPA Lathus
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Source: Pineau Léon / Le folklore du Poitou (1892) (2 minutes)
Lieu: Résurgence de Font Serin / Lussac-les-Châteaux / Vienne / France

Il y a, près de Lussac-les-Châteaux, dans une petite vallée, au pied d'un rocher, une source, un trou à l'eau noire, appelé « le gouffre », Voici la légende qui s'y rattache :

C'était à Pâques fleuries, il y a bien longtemps; Notre-Seigneur venait encore quelquefois sur la terre. Ce matin-là, au sortir d'un long hiver, la terre renaissait. Au loin, les cloches de l'église, dont on aperçoit, là-bas, la flèche pointue, surmontée du coq aux ailes déployées et qui miroite au soleil, carillonnaient à toute volée; et, de temps en temps, des groupes de paysans passaient, se rendant en hâte à la messe.

Au bas du côteau, aux bois clair-semes, parmi des rochers abrupts, bergers et bergères dansent en rond. Ils dansent, joyeux, en s'accompagnant de la voix, et leurs chansons se marient aux appels réitérés des cloches. Autour d'eux, les troupeaux sont épars; les chiens attentifs les surveillent.

Un berger retourne à son rang dans la ronde; une bergère prend sa place au centre du cercle; son épaisse chevelure flotte sur ses épaules, ses grands yeux profonds brillent. Elle cherche par qui, pour un baiser, se faire délivrer. Et la ronde folle tourne, tourne, l'un emportant l'autre.

Allons, mes enfants! Allons à la messe! Nous sommes en retard; elle a fini de sonner; allons!

Un éclat de rire accueille ces paroles du vieillard qui vient de s'arrêter en face d'eux, dans le chemin, au-dessus des roches : un beau vieillard aux cheveux tout blancs, et avec une grande barbe, aussi toute blanche, qui couvrait sa poitrine.

-Il est impie, continue-t-il, appuyé sur son bâton de houx, de danser ainsi le jour de Pâques fleuries ! N'avez-vous pas toute la semaine pour prendre vos ébats? Allons, venez, sinon, Dieu vous punirait!

Et les rires d'augmenter, plus insolents, avec des paroles grossières ; et la folle ronde continuait toujours, endiablée.

La bergère, au milieu, seule ne dansait plus, ni ne chantait. Toute droite, fière, le regard sauvage, elle fixait le vieillard; elle siffle ses chiens, les lance, aboyants, sur lui. Lui, debout sur la roche, étend la main.

Un grand cri; puis, plus rien. Bergères et bergers ont disparu dans le gouffre qui s'est ouvert sons leurs pas. A l'entour, épars dans la plaine, les moutons sont changés en pierres blanches, les chiens en pierres noires.

Le gouffre est toujours là, béant, et nul n'en a jamais pu sonder la profondeur.


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