La légende de Nam Zogo ; ou le mythe de l'esprit de la tortue [Mer Island / Torres Strait Island Regional / Australia]

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Publié le 2 janvier 2026 Thématiques:

Mairuer et les tortues
Mairuer et les tortues. Source OpenAI
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Source: Haddon, Alfred C. / Folklore (1890) (5 minutes)
Contributeur: Fabien
Lieu: Mer Island / Mer Island / Torres Strait Island Regional / Australia

[Le texte est un peu décousue. La légende est traduite tel qu'elle fut publiée]

Un jour, plusieurs habitants de l’île Murray, des clans dits Meuram-le et Komet-le, partirent en plusieurs pirogues vers le banc de sable nommé Kerget pour prendre des tortues de mer et des wauri. Ils y restèrent plusieurs jours, sans réussir à capturer une seule tortue. Alors un homme, Mairuer, s’adressa au zogo (esprit) corallien du banc : « Eh toi, zogo, tu ne m’aides donc pas à avoir des tortues ? » L’esprit se « fâcha », et nombre d’esprits du lieu s’unirent pour envoyer un couple de tortues dans l’eau profonde. Une pirogue partit pour les prendre. Deux hommes s’attachèrent une corde au bras et gagnèrent l’étrave, Mairuer tenant la barre. Les tortues levèrent la tête et, voyant que Mairuer n’était pas prêt à nager, plongèrent. Deux autres hommes prirent leur place — même résultat — si bien qu’il ne resta plus que Mairuer. Les hommes lui dirent : « Mairuer, il ne reste que toi. Nous avons tous essayé ; on dirait que les tortues ne veulent pas de nous. Tente ta chance ; nous, nous n’avons pas de veine. » Mairuer attacha donc la corde à son bras, remonta dans la pirogue, et les autres se mirent à tirer. Les tortues virent que Mairuer était prêt ; elles ne bougèrent plus, tenant la tête basse comme mortes. Mairuer plongea, nagea vers elles, sauta sur le dos du mâle et le saisit. Mais la tortue plongea au fond, et l’autre tortue passa par-dessus Mairuer et lui ôta la corde du bras. À leur grande surprise, les hommes ramenèrent à bord une corde… sans charge.

Les deux tortues, avec Mairuer entre elles, reparurent près de l’étrave. « Aidez-moi ! » cria Mairuer. Elles replongèrent, puis remontèrent bientôt : Mairuer était « sans peau, tout en chair ». Deux autres tortues le saisirent et plongèrent profond. Quand Mairuer reparut, il ne pouvait presque plus remuer les bras, à l’agonie. Beaucoup de tortues montèrent encore, montrant Mairuer mort et tout rouge ; elles l’emportèrent ensuite sur un autre banc, Garboi, et l’enterrèrent au milieu du banc.

Les hommes revinrent au banc de Kerget en pleurant, puis rentrèrent préparer le festin funéraire. Cette nuit-là, ils mouillèrent tous sur un récif. Le vent d’ouest, Giai, se leva ; « il rencontra toutes les pirogues sur le récif ». Deux frères, chacun chef de sa pirogue, avaient « de solides amarres ». Des pirogues cassèrent leur amarre ; les frères crièrent : « Amarrage sur notre poupe ! » On s’exécuta. Les deux frères s’appelaient Wakai et Kuskus. Les hommes « ne dormirent guère », à cause du vent et de la pluie. Ils montèrent la garde. Finalement, l’amarre de la pirogue de Wakai rompit, et Wakai cria : « Frère, mon amarre a cassé ; mieux vaut retourner au banc de sable. » Ils essayèrent, mais, le temps étant trop mauvais, ils manquèrent Kerget et atteignirent Garboi.

Au jour, ils débarquèrent et halèrent leurs pirogues sur la grève — « pas de nourriture, pas d’eau, rien du tout » — et, malgré l’abondance de tortue, ils manquaient cruellement d’eau. Ce jour-là, calme plat ; le soleil dardait. Tous étendirent des nattes sur les pirogues pour faire écran et n’eurent à boire que de l’eau salée.

Il advint que l’ami de Mairuer découvrit par hasard les os du défunt, les rassembla et, sans savoir à qui ils appartenaient, leur parla, demandant de lui montrer de l’eau (Adresse rituelle aux os du défunt). Puis il remonta dans la pirogue et s’endormit. En songe, Mairuer lui apparut sous les traits d’un petit oiseau proche de la perruche, « le kris kris », perché sur la pirogue, faisant un bruit de claquement comme des dents qui s’entrechoquent. Mairuer cessa alors d’être un oiseau pour devenir un homme et dit à son ami : « Tu ne trouves pas d’eau ! Elle est près d’une petite pierre, avec des broussailles sèches dessus. Ne bois pas à marée haute : deux choses viennent. Bois seulement à marée basse. Ne bois pas toute la journée, sinon malheur à toi. » L’homme s’éveilla, se leva, regarda : Mairuer n’était plus un homme, mais un oiseau. Le kris kris dit : « Suis-moi ; regarde bien ; lève-toi — cours. » L’oiseau lui montra l’eau. De retour à la pirogue, il eut pitié de ses compagnons, rendus fous par la soif. (« À moitié en transe — à bout d’eau. ») Il prit des peintures rouge et noire, s’orna le corps pour ressembler à l’oiseau, passa une ceinture aux reins, fixa derrière lui une touffe de plumes de casoar, prit une petite coquille dans les mains, et se mit à danser et sautiller comme un oiseau. Ainsi accoutré, il alla réveiller les hommes : qu’ils se lèvent, il leur montrerait l’eau. Après qu’ils eurent frotté le sable de leur peau, il leur dit d’apporter tous leurs récipients — coquilles, tronçons de bambou, noix de coco — et de le suivre vite, sous peine de ne plus voir l’eau. Ils le suivirent avec joie et burent ; il leur défendit de boire toute la journée : seulement le matin, pas l’après-midi, et conclut : « L’esprit (lamar) m’a parlé de “deux choses”, je ne comprends pas ; observons-le. » Les hommes emplirent tous leurs récipients ; chacun coupa du bois, « coupé à son image », le nomma de son propre nom, et le mit dans la pirogue. L’après-midi, ils dirent : « Toi et moi, on va guetter. » Ils allèrent attendre et entendirent « les deux choses » entrer dans la mare. Leur nom était Babat, et elles rougirent l’eau. Deux des Komet-le prirent une natte, capturèrent les Babat, les roulèrent dedans, lièrent le tout avec des chevilles de bois et déposèrent enfin le paquet à l’arrière de leur pirogue. Cette nuit-là, ils dormirent sur place.

Le lendemain, ils prirent la route de Mer et passèrent la nuit suivante sur le banc de Kerget. Au matin, ils gagnèrent Mer, vent favorable.

Une vieille femme habitait seule le village de Werbadu, à l’ouest de Mer. Les autres femmes, assises au bord de mer, pleuraient leurs hommes qu’elles croyaient perdus, et sanglotaient sur les objets leur appartenant. La vieille alla déterrer des tubercules d’un igname nommé ketai. Elle suivit la racine dans le sol, sans jamais trouver le tubercule. La racine merveilleuse courait tout le long de l’île ; passait par-dessus la haute colline de Zaumo, jusqu’à l’autre rive, à Korkor. Fatiguée, elle s’assit sous un grand arbre, sur la plage. Elle aperçut alors les pirogues et avertit les femmes : « Des pirogues viennent du large. » Les femmes chantèrent, allèrent chercher de quoi manger et firent rôtir des ignames. La première pirogue aborda sur la plage de Meuram. Les hommes prirent une pagaie, allèrent dans le bush près de la grève, et l’enfoncèrent en terre ; revenus sur la plage, ils prirent une longue pierre, retirèrent la pagaie, placèrent la pierre dans le trou et la couvrirent d’une natte. Ils attendirent la pirogue suivante, dont les hommes firent la même chose. Toutes les équipes répétèrent le geste. La pirogue du milieu portait les Babat ; son équipage érigea aussi une pierre ; enfin, l’ami de Mairuer suspendit aux branches d’un arbre la natte contenant les Babat. Dès lors, les Meuram-le et les Komet-le eurent le zogo en commun.

Des hommes d’Erub séjournaient alors à Mer ; ils demandèrent qu’on leur cède ce zogo. On ne le fit pas, mais on leur donna deux longues noix de coco, dont les « yeux » avaient été peints en rouge, pour être leur zogo.


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