Un jour, Bia, natif de Badu, marcha sous le vent de son village jusqu’à la mangrove. Là, il prépara un four de terre (amai) et fit cuire pour lui deux portions de biiu (préparation alimentaire issue de la mangrove), qu’il mit dans un panier, puis continua sa route jusqu’à un ruisseau (zeza). Trouvant une belle langue de sable, il se tailla une petite sagaie dans le bois dur de dukun ; lorsqu’elle fut prête, il la lança de toutes ses forces à l’aide de son propulseur (kobai). La hampe s’enfonça profondément dans le sol. En la retirant, l’eau jaillit : à cet endroit se trouve encore aujourd’hui un trou où l'eau s'y trouve en permanence.
Pour s’amuser, Bia continua à lancer sa sagaie jusqu’à transpercer par accident un homme qu’il n’avait pas vu, allongé sur le sable, en plein thorax. L’homme, Itar de Gradz (petite île au sud de Badu), s’enfuit aussitôt dans le bush, le sang ruisselant. Bia le poursuivit, le rattrapa et le jeta à la mer en disant : « Ton habitation sera un trou dans le rocher. » Et sur-le-champ, Itar nagea au loin sous la forme d’un petit requin-chabot (« Itar » — Chiloscyllium), qui porte encore aujourd’hui la marque du coup de sagaie de Bia.
Bia marcha alors sur l’eau vers le sud, encore et encore ; il regarda derrière lui vers sa vieille maison de Badu. Il attrapa aussi un gapu (poisson-rémete), qu’il mit dans son panier. Puis il repartit, jusqu’à atteindre Waiben (Thursday Island), où il pêcha avec les habitants. Eux ne prirent qu’un Itar, mais Bia prit un gapu et put ainsi capturer une tortue. La même veine le suivit à Muralug, qu’il visita ensuite.
Finalement, il atteignit le continent et remonta une rivière (peut-être la Jardine). Apercevant une tortue femelle, il la saisit et s’unit à elle ; en temps voulu, elle lui donna un enfant. Bia resta alors définitivement fixé à la tortue et vit encore dans un profond trou de la rivière.


