La légende de la Coraule du Moine à Estavayer [Estavayer / La Broye / Suisse]

Publié le 29 avril 2025 Thématiques: Danse , Fantôme , Impiété , Lieu hanté , Moine , Punition , Revenant ,

moine dansant
moine dansant. Source midjourney
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Source: Genoud, J. / Légendes fribourgeoises (1892) (2 minutes)
Contributeur: Fabien
Lieu: Place de Moudon / Estavayer / La Broye / Suisse

Remontons le cours des âges jusqu'à une époque bien reculée où les Fribourgeois cultivaient encore l'art de la danse. Dans ces temps éloignés, racontent les vieillards, chacun dansait et chaque village possédait sa place favorite où jeunes gens et jeunes filles se livraient à cette étrange gymnastique. Seuls les prêtres, séculiers et réguliers, devaient s'interdire cet amusement et se contenter de veiller sur la conduite de leurs ouailles aux jours réservés à ces turbulents exercices. Malheur à tout clerc qui goûtera à ce fruit défendu! Ecoutez plutôt l'histoire suivante qui nous transporte à Estavayer, sur la place populaire de Moudon.

La coraule est commencée. Le cercle est considérable. Toutes les classes de la société sont bien représentées. Les étudiants en vacances et les graves magistrats sont confondus parmi les simples citoyens. Tout à coup un moine inexpérimenté passe sur ce dangereux forum. Il entrevoit cette foule joyeuse, il prête l'oreille aux accents d'un chant cadencé, puis, oubliant sa vocation et son costume, il se sent électrisé et s'approche imprudemment. A droite et à gauche des mains saisissent les siennes, et le voilà pris dans le mouvement tourbillonnant. Il tourne et il tourne, sans pouvoir s'échapper du cercle fascinateur. Les heures s'écoulent, mais il tourne et tourne encore, emporté comme par le vertige, lorsqu'enfin l'horloge du couvent voisin sonne minuit moment fatal, car au douzième coup de marteau le religieux tombe épuisé et exhale le dernier soupir.

Or, voici la punition infligée au défunt. Pendant quelques centaines d'années, à la même heure de minuit, sur cette même place de perdition, il dut revenir pour danser seul une coraule infernale. A la sortie des longues soirées, en traversant à la hâte les rues au pavé glissant de la modeste cité, les gars attardés ont vu et reconnu le fantôme. Ils ont même distingué à travers les souffles mystérieux de la nuit une voix vague et lugubre qui semblait chanter, sur un ton à faire frissonner, la ronde que le moine a dansée jadis et que depuis jamais jeunesse n'a osé chanter, jamais violon n'a osé jouer. Malheur à quiconque pénétrerait dans le cercle décrit par le condamné ! Un seul audacieux, dit-on, a franchi cette limite redoutable. Aussitôt il a senti une main froide et glacée s'emparer de sa main tremblante et l'étreinte fut si forte qu'il n'a pu s'échapper, et, sans aucun repos, jusqu'aux premiers rayons du jour, il a dû danser avec le revenant d'outretombe. Plus tard, au simple souvenir de cette nuit terrible, il a recommencé seul la coraule vertigineuse, tant son esprit était agité et sa raison égarée. Cette histoire bien constatée et transmise de génération en génération a été salutaire au peuple d'Estavayer, car il a renoncé et aux courses nocturnes et aux danses prolongées.


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