Malgré l'invraisemblance et l'absurdité dont sont presque toujours entourées les légendes populaires, ces dernières, grâce à un certain goût naturel de l'esprit humain pour l'exagération et le merveilleux, réussissent le plus souvent, en se perpétuant à travers les générations, à s'implanter définitivement dans l'histoire. C'est sur une de ces vieilles et ridicules traditions, qu'est fondée la dénomination de la rue du Mirait; nous allons la raconter telle que nous l'avons trouvée consignée dans de nombreux ouvrages.
On rapporte donc qu'un serpent d'eau appelé basilic s'était autrefois logé au fond d'un puits situé dans la rue du Mirait. Cet animal, inconnu des naturalistes d'alors, avait, dit-on, l'effroyable propriété de donner la mort à tous ceux qui avaient l'audace de le regarder, et il n'y avait qu'un seul moyen, parait-il, de faire mourir ce dangereux voisin : c'était de lui présenter un miroir — miroir se disait alors mirait — dans lequel il pût apercevoir ses propres yeux. Mais le monstre pouvait dormir tranquille; nul n'osait même approcher de son repaire.
On racontait en effet, que plusieurs personnes, venues un matin pour puiser de l'eau, ayant entendu du bruit au fond de ce puits, s'étaient penchées pour en connaître la cause et étaient tombées mortes aussitôt. Comme on le pense, l'alarme était grande dans le quartier qui commençait déjà à se dépeupler, lorsqu'un soldat, passant un jour dans cette rue, perça un groupe tremblant et désolé et se fit expliquer avec force détails le motif de cette désolation publique.
« Rassurez-vous, dit-il immédiatement aux habitants, j'arrive de Palestine et je connais des prières que j'ai apprises là-bas, grâce auxquelles je me fais fort de vous délivrer de ce terrible animal. »
Il se fit aussitôt apporter un miroir et l'ayant solidement attaché à une corde, le laissa doucement glisser jusqu'au fond du puits en marmottant certaines paroles magiques, d'un ton solennel et convaincu.
La foule suivait, on le devine, avec une inexprimable anxiété, tous ses mouvements, quand soudain, le serpent ayant aperçu son image dans le miroir, s'élança hors du puits en poussant des cris effroyables, et après de hideuses convulsions, expira en présence des spectateurs terrifiés par l'horreur du spectacle.
Quelle peut être l'origine de cette légende? « Le puits du Mirâit, dit Marchandon, était découvert et devait certainement présenter quelque danger aux enfants du quartier. Quelque mère de famille a bien pu inventer cette fable pour éloigner ses enfants des abords de ce puits. »

