La légende de la statue musicienne de Florence [Firenze / Città Metropolitana di Firenze / Italie]

Publié le 8 décembre 2025 Thématiques: Magie , Musicien , Pari , Sorcier , Statue , Statue qui se transforme en humain , Transformation , Transformation en pierre , 48 vues

La compétition entre les chanteuses
La compétition entre les chanteuses. Source OpenAI
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Source: None / Legends of Florence: Collected from the People, Volume 2 (3 minutes)
Contributeur: Fabien
Lieu: Via Condotta / Firenze / Città Metropolitana di Firenze / Italie

Il y eut jadis à Florence, dans la Via Condotta, un gentilhomme passionné de tout ce qui est antiquités et curiosités, et tout autant dévoué à la musique.

À force de lectures et de méditations, il en était venu à croire que la musique des temps anciens devait être bien supérieure à la nôtre ; puisque les autres arts avaient été plus parfaits, celui-ci devait l’être aussi. (Ce qui, si c’était vrai en tout, rend fort regrettable que nous ne soyons pas tous nés mille ans trop tôt.)

Tout le monde ne partageait pas son avis ; parmi les contradicteurs se trouvait un ami qui savait fort bien que, si deux soufflent sur une bougie, ils l’éteignent, mais que deux qui jettent du bois au feu l’animent davantage. De contestation en contestation, ils firent donc flamber le débat de belle façon. Un soir, ils le poussèrent à blanc : l’ami du moderne soutenait que la musique des Anciens n’était que fadaises — flûtiaux geignards, couinements de chats, trompettes à deux sous et hochets d’enfants — tandis que l’autre jurait qu’elle égalait le chœur saint des anges, avec sainte Cécile en premier violon, capo d’orchestra.

À la fin, l’avocat de la musique moderne déclara qu’il pariait cent écus qu’il avait raison, pari que son ami accepta. Cela revient à peu près à miser qu’il existe un autre monde, ou des fantômes ; mais notre antiquaire était prêt : il affirma connaître un sage magicien qui, par son art, trancherait la question.

Il se rendit donc chez le sorcier, qui demeurait près de Santa Croce, lui conta tout, ajoutant que le mage pourrait garder les cent écus — grand bien lui fasse — pourvu qu’on prouvât que la musique d’autrefois surpassait la nôtre.

“C’est difficile à établir, répondit le magicien — difficile ma non impossibile — ardu, non impossible ; et tu as raison, per Bacco ! la musique antique était réellement la meilleure.

Ebbene, io ho il vostro affare — eh bien, je vois mon affaire ! s’écria-t-il après un court moment. Je sais où, dans un temple ruiné à peu de milles d’ici, se trouve une statue antique d’une jeune fille tenant une lyre. Nous irons là cette nuit voir ce qu’il est possible de faire.”

Ils partirent en secret ; à minuit, le sorcier enchanta la statue, qui devint une femme vivante d’une beauté extraordinaire, jouant et chantant avec un charme et une maîtrise tels que l’antiquaire vit toutes ses espérances comblées au-delà.

Il ramena la dame chez lui et, le lendemain, dit à son ami :
« “Tranchons-en donc pour ce pari de cent écus — et fais-en mille si tu veux. Voici ma proposition : amène la meilleure chanteuse et musicienne que tu pourras trouver — au luth ou à la harpe — pour exécuter à la manière moderne ; moi, j’en produirai une autre, qui fera de même à l’antique (al antico modo).”

Tous deux étant gens distingués, la joute ainsi proposée souleva grand émoi ; le jour venu, tout ce que Florence comptait de notables — musiciens compris — était là.

La dame qui représentait la musique moderne chanta et joua de la harpe. Tous furent ravis et l’applaudirent, déclarant qu’il n’était pas possible à l’art de surpasser ce qu’ils venaient d’entendre.

Mais lorsque parut celle qui avait été statue, un silence d’admiration tomba ; on ne souffla mot pendant qu’elle chanta et joua, ni même durant une bonne minute après qu’elle eut cessé, tant l’auditoire demeura sous le charme de sa voix et de l’infinie profondeur de sa science, soutenue par le génie de la composition, comme la couleur d’un grand tableau est soutenue par le dessin. Quand l’enchantement se rompit, les applaudissements éclatèrent comme jamais ; chacun déclara que la musique des Anciens surpassait la moderne comme le soleil, en lumière, surpasse une étoile.

Or, se trouvait là un autre magicien, rival du premier, qui comprit fort bien l’affaire ; soit par plaisanterie, soit pour contrarier son confrère, il se leva et dit à la chanteuse :
« “Tu as si bien chanté qu’il nous faudrait, me semble-t-il, t’élever une statue en ton honneur ; et puisque nulle autre que toi ne saurait t’être un juste parallèle, ni te rendre l’hommage que tu mérites, je vais t’ériger une image votive à toi-même, ô Muse !”

Ce disant, il la toucha : la belle chanteuse redevint aussitôt statue, comme auparavant.


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