La sorcière de la via del Gelsumino où d'où vient le nom de Florence [Firenze / Città Metropolitana di Firenze / Italie]

Publié le 28 novembre 2025 Thématiques: Amour , Amour impossible , Blason , Fleur , Jeune fille , Origine , Sorcière , Transformation , Ville ,

Blason de Florence
Blason de Florence. Source CC BY-SA 3.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0>, via Wikimedia Commons
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Source: Leland, Charles Godfrey / Legends of Florence: Collected from the People, Volume 2 (1896) (3 minutes)
Contributeur: Fabien
Lieu: Palazzo Vecchio / Firenze / Città Metropolitana di Firenze / Italie

Ce qui suit n’a aucune valeur comme légende locale, mais, comme il contient la trame d’un récit piquant — peut-être traditionnel, en tout cas franchement drôle — je le donne tel quel, en précisant qu’il relève de cette prose versifiée un peu irrégulière, courante chez les Italiens (et fréquente dans les journaux américains), mais peu connue en Angleterre.


« Il était une fois une jolie fille — bien triste, hélas :
elle voulait un amant, et n’en trouvait pas.
Une vigne sans tuteur, une bouteille sans vin,
ou une jeune fille qui languit d’amour,
sont de bien tristes choses à voir !

Elle alla chez sa tante — “Ma chère, que veux-tu ?”
“Si tu es sorcière, par tout ce qui est au-dessus,
conjure donc un homme qui m’aimera :
car une vie sans amant est chose bien triste !”

— “Ma mie, monte donc l’escalier jusqu’à la chambre haute,
et vois ce que tu y verras !
Trois cavaliers très chic, assis à leur vin,
tous satin, fourrures et or.
Quand on n’aime ni ne boit — j’en suis certaine —
les gens vous semblent bien vite vieillir.

Choisis celui qui plaît à tes caprices,
et porte-le à ton lit ;
d’un vœu tu seras mariée :
un si galant bel signore est la fleur de tout,
tu l’auras par amour.”
Ce qu’elle demanda partit gaiement.

Dans la salle elle paraît bientôt, au milieu des cavaliers,
et cherche son amour :
“Ah, vous êtes tous de charmants messieurs !
Mais celui-ci me prend le cœur :
ses yeux ont tant d’éclat,
il est si vif, si souple,
si romanesque et piquant,
avec ses joues si roses !”

Au matin, se levant tôt, elle vit chose surprenante :
là, sur les draps — ou fleuri sur l’oreiller —,
au lieu de son beau compagnon…
de toutes choses, proches ou lointaines — quelle étrangeté ! —
se trouvait une rose splendide !

“Ô ma tante, que faire ? Mon mari s’en est allé ;
je n’ai plus d’espoir que toi ;
me voilà seule au monde — sans amour, inconnue.
Je n’avais pas compté sur telle douleur.”
— “Ma nièce chérie, épouse donc le second ;
ce sera peut-être un meilleur.
Mais garde avec soin la rose :
tu vois bien qu’elle n’est pas encore éclose !”

D’un bond de pouliche, la voilà qui remonte ;
là-haut, elle trouve un parfait colomb,
beau comme un lis.
La jeune fille — qu’elle le veuille ou non —
et de joie presque folle, s’écrie :
“C’est toi que je prends pour amour !”

Comme la nuit passa vite, avec l’amant blanc et parfumé
qu’elle serra dans ses bras ;
mais, au réveil, nulle erreur possible :
triste comme un saule,
sur le grand oreiller blanc
elle trouva un lis.

Il en restait un troisième. “Bel Signore, à bien y penser,
vous êtes le meilleur de tous ;
je vous prends pour seigneur :
le meilleur vient en dernier, je le vois.
Vous êtes un jasmin pour la beauté —
je suis sûre de vous plaire —
soyez mon Jasmin joli !”

Elle avait été amplement avertie, mais, dédaignant toute expérience, elle voulait encore un mari. Quelle ne fut pas sa stupeur, quand la lumière vint par la fenêtre : au matin, elle vit… un jasmin !

“Ô tante, j’ai le cœur brisé :
mes amours se sont envolés —
et, entre nous, que puis-je bien faire ?
Je suis perdue et jouée !”
La magicienne sourit gaiement :
“L’histoire n’est pas finie, ma puissance n’est pas tarie ;
essayons maintenant autre chose.”

— “Et les fleurs ? — Les voici toutes trois.”
— “Eh bien, donne-les-moi ; tout ira bien, foi d’moi.”
Elle les lia soigneusement d’une laine écarlate,
puis prononça une incantation,
à la grande admiration de sa nièce.
Elle vit la conjuration :
on les aspergea d’une pluie
de quelque parfum mystérieux,
et les trois fleurs en fleur
s’unirent en une seule.

Alors elle se mit à pousser — en gentilhomme,
le plus beau qu’on eût vu :
les joues comme une rose (vous vous en doutez),
les mains blanches comme un lis,
au grand ravissement de la dame,
l’haleine comme le jasmin,
et des vêtements tout verts.
C’était un spectacle enchantant !

Et, selon le récit, ils eurent un enfant nommé Florence,
fée jolie et spirituelle,
qui fonda cette grande cité :
elle choisit la fleur de lis,
et la plaça en champ au milieu de son écu,
où vous la voyez, nettement, jusqu’à cette heure. »


Ce n’était à l’origine qu’un lambeau de conte en prose féerique, tel que je l’ai recueilli ; mais, comme il me plaisait, je l’ai développé jusqu’à sa forme présente. Tout ce qu’il y avait dans la version première se réduisait à ceci : une jeune fille avait trois amants ; ils se changeaient successivement en trois fleurs que la tante-sorcière réunissait en un lis — le giglio de Florence. L’idée est évidemment suggérée par les trois divisions du lis, qui ressemblent à trois fleurs séparées liées ensemble.


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