Il y avait jadis un homme qui aimait s’asseoir longuement au bord de l’Arno pour contempler ses eaux. À cette époque, le fleuve était plus large qu’aujourd’hui, car le Mugnone s’y mêlait, et ses crues étaient redoutables : elles envahissaient parfois jusqu’à la Piazza della Signoria, noyant les malheureux surpris par la montée brutale.
Un jour, cet homme n’avait plus qu’une pièce d’or pour toute fortune. Mais il n’était pas de ceux dont on dit « La pauvreté rend vil », plutôt de ceux qui prouvent que « La pauvreté n’ôte pas la noblesse ».
Alors qu’il songeait au bord de l’eau, une petite main blanche, semblable à celle d’une femme, émergea des flots, la paume tendue comme pour mendier. L’homme, ému, lança sa pièce d’or. La main l’attrapa, puis fit un signe gracieux, comme pour dire : « Merci. »
Peu après, un soir, il revit la main sortir du courant, entourée d’un nuage d’eau tourbillonnante. Elle l’invita vivement à la suivre. Intrigué, il obéit. Elle le conduisit jusqu’à l’angle de la via dei Neri et de la piazza San Remigio. Là, elle s’éleva à la hauteur de deux braccia (environ deux mètres), et de son doigt lumineux traça une ligne dans l’air.
L’homme comprit aussitôt : une crue terrible allait submerger la ville jusqu’à ce niveau. Il demanda si ce serait pour bientôt. La main, agitée, indiqua que c’était imminent, puis disparut.
L’homme sonna aussitôt l’alarme. Ceux qui crurent à son avertissement sauvèrent leurs familles et leurs biens. Et lorsque survint l’inondation, jamais on n’avait vu pareille catastrophe : sans lui, des centaines auraient péri. En mémoire de ce prodige, on grava sur place une pierre avec l’image de la main et une inscription rappelant que, le 4 décembre 1433, l’Arno monta jusqu’à cette hauteur. Cette pierre existe encore aujourd’hui.


