Quatre joueurs de cartes — trois de Merzig et un de Feulen — étaient autrefois réunis dans une maison de Merzig (cette maison s’appelait, et s’appelle encore aujourd’hui, Träpen) pour jouer aux cartes. Comme ils manquaient d’argent, ils convinrent entre eux de conclure un pacte avec le diable : s’il leur donnait beaucoup d’argent, il aurait pour lui celui qui, le premier, se lasserait du jeu et voudrait arrêter.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Le diable apparut sous la forme d’un grand chien noir, portant un sac rempli de pièces d’or ou d’argent. Il s’installa sous la table avec son argent, et chaque fois qu’un joueur avait tout perdu, il recevait de nouvelles pièces du chien noir.
Ainsi jouèrent-ils trois jours et trois nuits sans interruption. Mais l’abbé Keltgen, alors vicaire à Grosbous, village voisin de Merzig, apprit l’affaire et vint pour délivrer les malheureux joueurs du pouvoir du diable. Il se joignit à eux en disant : — « Mech mat oder d’Spill z’rasz ! » (« Moi avec vous, ou bien que le jeu soit rompu ! »)
Les autres acceptèrent qu’il participe. Après quelques parties, le prêtre jeta soudain les cartes sur la table en s’écriant : — « Je ne joue plus, j’en ai assez ! »
Aussitôt, le diable s’enfuit précipitamment par la fenêtre — qu’il emporta avec lui. Le sac rempli de pièces s’enfonça de sept poutres de profondeur dans le sol. L’odeur que le diable laissa derrière lui était si fétide qu’on dit qu’elle s’y fait encore sentir aujourd’hui.
(Récit transmis par l’instituteur Abnen, de Niederfeulen.)


