La légende de la fondation d'Aix-la-Chapelle [Aix-la-Chapelle (Aachen) / Rhénanie-du-Nord-Westphalie / Germany]

Publié le 24 mars 2023 Thématiques: Amour , Animal , Bijoux , Charlemagne , Crapaud , Mort , Origine , Origine d'un lieu , Roi | Empereur , Serpent , Source , Ville , 287 vues

Hotel de ville d'Aix-la-Chapelle
Berthold Werner, CC BY-SA 3.0 , via Wikimedia Commons
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Source: Kiefer F.J. / Légendes et traditions du Rhin de Bâle à Rotterdam (3 minutes)
Lieu: Hotel de Ville d'Aix-la-Chapelle / Aix-la-Chapelle (Aachen) / Rhénanie-du-Nord-Westphalie / Germany

Charlemagne qui avait l'habitude d'établir sa résidence tantôt sur l'un, tantôt sur l'autre point de son immense empire, tenait un jour sa cour à Zürich, près de rives enchanteresses du lac dont les beautés naturelles ravissent et attachent le voyageur. Le monarque, ami de la justice et accessible à tous ses sujets, avait fait dresser, non loin de son palais, sur la rive escarpée, à l'endroit où jadis furent décapités les deux martyrs Félix et Regula, une colonne portant une petite cloche.

Quiconque désirait une audience de l'empereur, n'avait qu'à sonner la clochette à l'heure de midi, et aussitôt paraissait le monarque en personne, pour écouter avec condescendance les plaintes et les représentations de ses sujets. La décision ne se faisait point attendre.

Un jour la cloche tintait sans que l'on trouvât quelqu'un sur la place. Même chose eut lieu le lendemain et l'empereur ordonna en conséquence à un page de se cacher le jour suivant à proximité de la colonne, afin de découvrir la cause du tintement. Le page n'était pas peu effrayé de voir un grand serpent sortir d'une caverne riveraine. Son étonnement fut au comble, quand il vit que le reptile mettait la cloche en branle. A l'instant on en informa Charlemagne qui se trouvait précisément à table. Il se leva incontinent pour se rendre auprès du serpent. „Quiconque, animal ou homme, me demande justice, justice lui sera rendue,“ dit-il. Le serpent apercevant l'empereur, s'inclina trois fois devant lui, puis il se retira tranquillement dans sa caverne. L'empereur et toute sa suite suivirent le reptile, désireux qu'ils étaient de découvrir le motif de sa démarche. A l'entrée de la caverne on vit étendu un énorme crapaud. On aurait dit que le serpent désirait être débarrassé de cet hôte qui lui barrait le passage. Le monarque, pour rendre la justice à qui de droit, fit aussitôt prendre et tuer le crapaud.

Quelques jours après cet évènement remarquable, le serpent, au grand étonnement des personnes présentes, entra dans la salle-à-manger de l'empereur à l'heure du dîner. Après s'être trois fois incliné respectueusement, le serpent se dirigea vers une coupe placée devant le monarque, il y laissa tomber une pierre fine d'une grosseur et d'une beauté rare. Il disparut avant que l'empereur et ses convives fussent revenus de leur surprise.

Charles fit présent de la pierre à son épouse qui prit l'habitude de la porter comme ornement de chevelure. Ce bijou avait la propriété merveilleuse de communiquer à la personne qui le portait, la faveur impériale toute entière et sans partage. Aussi dès ce moment, le monarque était dévoué à son épouse avec un amour tel qu'il ne pouvait plus la quitter.

L'impératrice ne fut pas longtemps sans deviner la cause de l'affection plus grande de son époux, aussi ne se séparait-elle plus de la pierre précieuse. Sentant, dans sa dernière maladie, la mort approcher, elle craignit que le bijou ne passât à des personnes indignes de l'amour de l'empereur; elle le cacha à cet effet sous sa langue, où il resta après qu'elle fut morte.

L'attachement de Charlemagne ne diminuait pas, quoique l'épouse fût morte. Le corps fut embaumé et dut accompagner l'empereur dans tous ses voyages. Une tendresse aussi surprenante éveilla enfin le soupçon dans l'esprit de l'archévèque Turpin, compagnon du monarque. Celui-ci pensa que des choses surnaturelles étaient ici en jeu. A cette fin le prélat profita d'une occasion favorable, et fit sur le cadavre les recherches nécessaires pour découvrir un talisman, et finit par trouver la pierre merveilleuse. Il s'en empara aussitôt, et comme dès lors, il le portait toujours sur lui, l'amour de l'empereur passa de la défunte épouse sur l'archévèque. Charlemagne fit alors enterrer l'impératrice avec toute la pompe en usage à cette époque. L'empereur voua dès lors un attachement tel à l'archévèque, que celui-ci ne pouvait plus s'éloigner et fut bientôt las d'une tendresse aussi importune.

Pendant un voyage à travers l'Allemagne occidentale, l'archévèque, dans un accès d'ennui de cet attachement gênant, se débarrassa du talisman en le jetant dans une source où il fut impossible de le retrouver. Mais le charme ne continuait pas moins, et lorsque Turpin n'était plus l'objet de la faveur impériale, ce fut la contrée qui recelait la merveilleuse pierre. Aussi dès ce moment, Charlemagne se sentit un tel attachement pour ce lieu, qu'il y fit bâtir un palais et fonder une ville.

Cette ville est Aix-la-Chapelle, la cathédrale y est pleine de souvenirs du grand empereur. Mais les eaux limpides et tranquilles des belles prairies charmèrent surtout le monarque, c'étaient elles qui recelaient le talisman que l'archévèque y avait lancé. Charlemagne y restait des heures entières absorbé dans une douce mélancolie. Ses regards plongeaient sans cesse dans le cristal du charmant petit lac.

La croyance populaire attribue à ce charme les cures merveilleuses qu'opèrent les sources chaudes d'Aix-la-Chapelle, dont les eaux s'échappent du sein de la terre pour le bien-être de l'humanité.

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Langues disponibles: English Français Deutsch
Source: Frary, Marie Hariette / The sunken city, and other stories (4 minutes)
Contributeur: Fabien
Lieu: Hotel de Ville d'Aix-la-Chapelle / Aix-la-Chapelle (Aachen) / Rhénanie-du-Nord-Westphalie / Germany

Charlemagne was King of France and Emperor of Germany. He had married a beautiful Eastern princess named Fastrada. His love for her was so great that his only thought was to make her happy. Everyone wondered at his devotion, but no one suspected its cause.

Fastrada possessed a wonderful golden ring. Mystic signs were engraved upon it. She wore the ring continually, and it was this magical talisman that had cast so powerful a spell upon the Emperor.

The new queen did not long enjoy her power. A grave illness overtook her. During her sickness, she often thought of her magical treasure and feared that it might pass into other hands. She therefore slipped the ring from her finger into her mouth and quietly breathed her last.

The Emperor was overcome with grief. He refused to allow the queen’s body to be taken to the cathedral and remained constantly by her side.

In vain did the councilors and courtiers plead with him. In vain did Turpin, his chief minister, tell him that his people had need of him. He refused to leave the chamber in which the queen lay or even to partake of food. At last, he fell asleep at his post.

Turpin felt certain that the queen possessed some magical charm, so he stole noiselessly to her bedside. After searching for some time, he found the ring. He concealed it in his clothing and sat down to wait for Charlemagne to awaken.

The Emperor soon opened his eyes. He turned away from the queen with a shudder.

“Turpin, my faithful friend!” he cried, throwing himself into the arms of his minister. “Your presence is like balm to my wounded heart! You shall remain by my side forever!”

From that time onward, Turpin was forced to accompany Charlemagne wherever he went. The courtiers wondered at Turpin’s influence, and many of them became exceedingly jealous. As for poor Turpin, he was wearied beyond all expression. He could find no rest either by night or by day. In vain, he sought some means of ridding himself of the troublesome jewel.

At length, Charlemagne and Turpin set out from the palace at Ingelheim on a journey northward. One night, they camped in a great forest. While his master lay asleep, Turpin left the camp and wandered alone into the moonlight. Not once since finding the ring had he been free from the Emperor.

His heart swelled with relief as he plunged into the pathless forest. On and on he wandered, trying to think of some way to rid himself of the troublesome ring. Like Fastrada, he did not wish anyone else to gain possession of it and thereby acquire such influence over the Emperor.

After wandering for a long time, he found himself at the entrance to a beautiful glade. Before him lay a tranquil pool nestled among the dark woods. Moonlight flooded the secluded place and shone like silver upon the deep, still water.

Turpin was lost in admiration. He sat down upon a stone and silently feasted his eyes upon the peaceful beauty of the scene. Soon, however, the thought of the magic ring returned to disturb his happiness.

“What shall I do with it?” he groaned.

He drew it from its hiding place against his breast and examined it closely.

“Ah!” he muttered. “What is this I see?”

In the pale moonlight, he noticed that the ring bore something besides the mysterious signs. Upon it was the image of a tiny swan. He gazed at it in amazement, for he had never seen the swan before.

He sprang to his feet, then suddenly stopped.

“Why not?” he asked himself. “Those deep and quiet waters would soon close over the ring and conceal it forever.”

A moment later, the jewel flashed beneath the rays of the moon. A faint splash was carried through the night air. Ever-widening ripples disturbed the mirrorlike surface of the pool. In the distance, a snow-white swan appeared, sailing with stately calm across the ruffled water.

Delighted to be rid of the hateful jewel, Turpin made his way back to the tent. Charlemagne was awake and greeted him as he had in former days. The spell was broken.

The morning sun rose bright and clear. The Emperor, however, became restless. He proposed that they remain there another day and hunt in the forest. Turpin agreed, and soon the echoes of the woods were awakened by the clamor of hunting horns.

A royal stag was driven from its hiding place. The huntsmen and hounds followed closely behind it. At last, panting and exhausted, it was brought to bay in a secluded glade—the very place that Turpin had visited the night before.

Charlemagne had ridden at the forefront of the hunt throughout the morning. Now he sat motionless in his saddle, gazing in spellbound admiration at the sunlit stretch of water. He observed the reflection of the blue sky and the swans gliding across its smooth surface.

“Ah, how beautiful!” he exclaimed. “I would gladly linger here forever.”

He dismounted and stretched himself upon the soft grass at the edge of the pool. There he remained all day in dreamy contentment.

At last, the shadows began to lengthen. The glow of the setting sun was reflected in the little lake. Charlemagne was so enchanted by the scene that he vowed to build a palace there. He kept his vow, and the structure that arose became the beginning of Charlemagne’s capital and favorite city, Aix-la-Chapelle.

When many years had passed, death came to the great Emperor. He was laid to rest in the cathedral vault, not far from the place he had loved so well.

Visitors to Aix-la-Chapelle are warned not to visit the enchanted pool by moonlight. At the mysterious hour when Turpin dropped the ring into its quiet waters, the spell regains all its former power. Anyone who visits the pool at that hour will therefore be drawn back to the enchanted place by the longing of his heart, however far away he may wander in the wide world.


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