Dans la paroisse de Sessay, près de Thirsk, se trouve un moulin. Il a été reconstruit récemment, mais quand je m’y rendis, l’ancien bâtiment existait encore. Devant la maison s’étirait une longue butte qu’on appelait « la tombe du Géant », et, dans le moulin, on montrait une longue lame de fer, ressemblant à une lame de faux mais droite, que l’on disait être le rasoir du géant, ainsi qu’un bassin de pierre servant de jatte à bouillie ou de plat à barbe. Un géant vivait là et moulait des os humains pour en faire son pain. Un jour, il captura un garçon sur Pilmoor et, au lieu de le broyer au moulin, il le garda comme serviteur, sans jamais le laisser s’échapper. Jack servit le géant durant de longues années, sans la moindre permission de sortie. À la fin, il n’en put plus. La foire de Topcliffe approchait, et le garçon supplia qu’on l’y laissât aller pour voir les filles et acheter des épices. Le géant refusa d’un ton bourru ; Jack résolut de se donner lui-même la permission.
Il faisait chaud. Après le dîner, le géant s’étendit dans le moulin, la tête sur un sac, et somnola. Il avait mangé là, avait posé à ses côtés un grand pain fait d’os moulus, et tenait le couteau à la main ; mais ses doigts, dans le sommeil, se desserrèrent et lâchèrent l’arme. Jack saisit l’instant, retira le couteau et, le brandissant à deux mains, planta la lame dans l’unique œil du géant. Celui-ci s’éveilla en hurlant de douleur, se dressa d’un bond et barra la porte. Jack était de nouveau pris au piège, mais il ne tarda pas à trouver une ruse. Le géant avait un chien favori, qui dormait lui aussi quand son maître fut aveuglé. Jack tua le chien, l’écorcha, jeta la peau sur son dos, se mit à quatre pattes et, aboyant, passa entre les jambes du géant : il s’échappa ainsi.
