Qui ne connaît pas le fameux magicien Veit, qui, il y a bien, bien des années, fit rage dans nos contrées ? On le voyait surgir en divers endroits du pays ; il aurait sévi aussi dans les environs de Berdorf. Il portait aux reins une ceinture magique grâce à laquelle il pouvait opérer les métamorphoses les plus diverses : tantôt il se changeait en tronc d’arbre, tantôt en banc, etc.
Son plaisir favori était de jouer des tours aux femmes à beurre. Quand celles-ci portaient au marché leurs paniers remplis de beurre, de fromage et d’œufs, l’astucieux Veit les abusait en se couchant près du chemin sous l’apparence d’un tronc, d’une lourde pierre ou d’un banc, invitant ainsi les pauvres femmes fatiguées à s’asseoir. Mais ce repos leur tournait mal : soudain, elles culbutaient avec leurs paniers, et le contenu roulait et dégringolait dans la poussière, tandis que Veit s’éloignait en ricanant.
Plus d’une fois arrêté et condamné à mourir de la main du bourreau, Veit sut toujours échapper à sa perte. On l’avait traîné au gibet, la corde déjà passée au cou — et voilà que, tout à coup, il ne pendait plus là qu’une botte de paille. Finalement, on eut l’idée de conduire l’ancien sorcier au gibet à reculons et de le pendre avec sa propre ceinture magique. Cette fois, ce fut efficace, et la région fut délivrée du fauteur de troubles.
— P. Wolff.


