Un jour, quelques jeunes garçons de Bissen gardaient les chevaux dans les champs et jouaient aux cartes pour passer le temps ; une pièce de monnaie servait de mise.
Au bout d’un moment, ils remarquèrent qu’une pièce manquait dans l’enjeu, et une dispute éclata, car aucun ne voulait reconnaître qu’il l’avait prise.
Alors l’un d’eux s’écria :
« Si je n’ai pas misé, que le diable m’emporte ! »
Peu après, un homme de belle prestance arriva à cheval, s’approcha des joueurs et saisit par les cheveux celui qui avait menti et blasphémé, essayant de le hisser sur sa monture.
Le malheureux cria :
« Lâche-moi, ou je te frapperai comme le diable ! »
Mais ses cris restèrent vains : le cavalier ne voulait pas lâcher sa proie.
Alors l’un des compagnons accourut et jeta son chapelet autour du cou du prisonnier. Aussitôt, l’étranger le relâcha et s’éloigna au galop.
Les jeunes gens rassemblèrent leurs chevaux et voulurent rentrer au village ; mais le chemin leur fut barré par une meute de chiens noirs. En contournant le sentier, ils parvinrent finalement à regagner Bissen.
Une fois rentré chez lui, le coupable eut à peine le temps de recevoir les saints sacrements : il mourut de frayeur. Car il ne faisait aucun doute que c’était bien le diable en personne qui l’avait saisi par les cheveux.


