Il n’y a pas si longtemps, dit-on, qu’à Ettelbruck vécut un homme nommé Jekel, doué de pouvoirs magiques, qui se plaisait à mystifier les habitants. Ainsi, un boucher nommé Mai revenait un jour de Bourscheid, où il était allé acheter un veau — sans rien avoir conclu. Tandis qu’il marchait tranquillement, il aperçut sur le chemin qui traverse les Bürderbëden un veau en liberté. Comme il était beau, il se mit aussitôt à sa poursuite, lui passa la corde au cou et, tout réjoui, l’emmena vers chez lui. Il arrivait à peine près d’Ettelbruck que le veau se changea soudain en homme et dit : « Mai, tu m’as assez longtemps mené, maintenant toi tu rentres, et moi aussi. » C’était le diable.
Ce furent surtout les pêcheurs qui eurent à souffrir de Jekel. On raconte qu’il suivait l’un d’eux sous la forme d’un grand chien et, chaque fois que le pêcheur prenait un poisson, le chien bondissait et l’engloutissait sur-le-champ. Le pêcheur fit tout pour chasser la bête — en vain. Une fois pourtant, il atteignit l’ombre du chien avec son épuisette : aussitôt le chien disparut et ne revint jamais. Le chien, c’était Jekel.
Jekel aimait par-dessus tout faire peur aux gens. Il se couchait souvent, sous la forme d’un rayon de feu, en travers du chemin qui conduit à Warken (au lieu-dit im Efer), surtout le dimanche soir quand les habitants de Warken allaient aux vêpres. Souvent aussi, il prenait l’apparence d’une chatte, s’accroupissait le soir à l’angle d’une rue et crachait du feu au passage des gens. Quand les enfants jouaient sur la place du marché, la place se mettait parfois à fourmiller de lapins, ce qui les remplissait d’effroi. C’était encore l’ouvrage de Jekel.
Il devait pourtant être mis fin à la mauvaise vie de Jekel. Un jour, il s’endormit près des forges de Colmar-Berg. Les forgerons le trouvèrent et dirent : « Ah, Jekel, tu as assez tourmenté les gens ; maintenant tu vas recevoir ta récompense. » Ils le saisirent et le jetèrent dans le haut fourneau, où il périt misérablement.


