Sur les hauteurs d’Eischen s’étend une large plaine, appelée Pläkeg. Un énorme vieil arbre s’y dresse. Le lieu passe pour mal famé. Il y a fort longtemps, une bande de brigands y tenait quartier, mettant toute la région en coupe réglée.
Un soir, un maquignon qui, ce jour-là, avait vendu un lot de bœufs d’attelage passa par là. Soudain, il entendit un bruit ; il se retourna — un brigand lui barra la route, lui planta un poignard sur la poitrine et exigea : « L’argent ou le sang. » Comme l’homme se défendait, le brigand le poignarda, le dépouilla de son argent et retourna vers ses comparses, à qui il raconta son forfait. Puis il repartit avec quelques-uns pour enfouir le cadavre. Mais, arrivés à l’endroit, ils virent le Diable, qui les apostropha d’une voix menaçante : « Maintenant, mettez-vous le long de l’arbre, et le dernier qui passera devant moi sera à moi. » Alors celui qui avait commis l’homicide prit la tête de la file ; quand il arriva à hauteur du diable et que celui-ci allait déjà le saisir, il montra derrière lui son ombre et dit : « Voilà le dernier qui arrive ! » Le diable se jeta en avant, bondit sur l’ombre — et le brigand s’échappa sain et sauf. Mais, lorsqu’il rejoignit ses compagnons, ceux-ci, épouvantés, constatèrent qu’il n’avait plus d’ombre. Une semaine plus tard, l’homme sans ombre était mort.
Depuis lors, bien des gens auraient croisé, les soirs de clair de lune, l’ombre du brigand. On a tenté toutes sortes de moyens pour chasser cette ombre fantomatique ; l’endroit aurait même été exorcisé, dit-on, mais jusqu’ici rien n’y a fait.
— N. Moes.


