Un incendie avait réduit en cendres l’église conventuelle d’Ettenheimmünster, située en pays de Bade, mais relevant alors du diocèse de Strasbourg. Les moines obtinrent donc une lettre d’indulgence pour la restauration de leur maison et envoyèrent quelques-uns des leurs avec les reliques de saint Landelin, fondateur du premier oratoire qui s’était élevé à l’origine sur l’emplacement de l’abbaye, afin d’inviter les fidèles à contribuer et de recueillir les dons et redevances.
Les moines parcoururent ainsi tout le diocèse de Strasbourg avec le sanctuaire de saint Landelin, le long des deux rives du Rhin, exhortant partout à la pénitence et à la prière, et accordant des indulgences en échange d’aumônes destinées à leur pieuse entreprise.
Ils franchirent ensuite les limites de leur diocèse afin de porter aussi leur requête dans le Haut-Mundat, que le roi Dagobert avait jadis rattaché à l’évêché de Strasbourg. Au son solennel des cloches de toutes les églises et de tous les couvents, les moines d’Ettenheimmünster arrivèrent à Rouffach, capitale du Haut-Mundat. Déjà devant les portes de la ville, où la foule les attendait, ils chantaient d’une voix claire la légende et les miracles du saint dont les reliques reposaient sur leurs épaules, trésor le plus précieux et plus sûr protecteur de leur église.
Tandis que tout le peuple écoutait avec dévotion, tombé à genoux, un noble chevalier surgit de la ville sur un cheval fougueux. Jetant des regards méprisants sur la foule naïve, et entendant le nom de ce saint qu’il ne connaissait pas, dont les moines d’Ettenheimmünster célébraient les merveilles, il éclata de rire et leur lança des paroles injurieuses, tout en forçant davantage son cheval à travers la cohue.
Mais à l’instant même, il perdit ses sens ; comme frappé par la foudre, il tomba à terre, les membres brisés. En vain se tordait-il dans la poussière en proférant des blasphèmes et des imprécations. Enfin il se calma ; on eût dit qu’une pensée soudaine venait d’ébranler son âme. Dans un flot de larmes brûlantes, il reconnut et regretta sa faute, demanda pardon aux moines, et promit à Dieu et à saint Landelin de renoncer désormais à sa vie d’autrefois pour se tourner tout entier vers le ciel. Solennellement, il promit enfin de donner tous ses biens à saint Landelin, en réparation de son sacrilège. Et voici qu’aussitôt toutes ses douleurs disparurent, et il se releva sain et vigoureux comme auparavant.
Le chevalier tint parole : il rentra en lui-même, loua Dieu par le jeûne et la prière, et donna tous ses biens situés dans le territoire de Rouffach à l’abbaye d’Ettenheimmünster, qui les posséda durant plusieurs siècles sous le nom de bien de saint Landelin.


