La légende du serpent de Villedieu [Villedieu-lès-Bailleul / Orne / France]

Published on Feb. 25, 2023 Themes: Animal , Cheval , Combat , Dragon , Feu , Jeune fille , Lac , Monstre , Mort , Noblesse , Sacrifice , Serpent , 112 vues

Un étang a Villedieu
Un étang a Villedieu. Source Google Street Map
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Source: de Lonlay Eugène (marquis) / Légendes Normandes (2 minutes)
Location: Un étang à Villedieu / Villedieu-lès-Bailleul / Orne / France

Jeunes filles, au bois quand vous menez vos chèvres,
Évitez de passer seules près des halliers;
Voilez votre visage, n'entr'ouvrez point les lèvres:
C'est ici qu'habitaient jadis les templiers.

Au sein de a forêt où les elfes s'agitent,
Il est un vaste étang, recherché des corbeaux;
Le nénuphar y croit, les sarcelles y gîtent,
Mais rarement le ciel se mire dans ses eaux.

On trouve, à quelques pas de ce lieu solitaire,
Parmi les rochers gris qui lui font un rempart,
Une grotte, autrefois qui servait de repaire
A l'énorme serpent, un monstre tout à part.

Ce reptile exigeait des mères de famille,
Tous les ans, la légende est là pour le prouver,
Une cuve de lait et la plus fraiche fille
Que dans les environs on pouvait lui trouver.

Le sire de Bailleul, connu par sa vaillance,
Pour fiancée avait Hélène du Moncel,
Qui devait dans l'année être la redevance
Du monstre insatiable et froidement cruel.

En fidèle chrétien, la chose est démontrée,
Après s'être à l'évêque humblement confessé,
Le chevalier jura d'en purger la contrée,
Et voici le récit de ce qui s'est passé :

Aussitôt il revêt ses brassards, sa cuirasse,
Et recouvre de fer son vigoureux cheval,
Puis provoque le monstre, étonné de l'audace
De l'impudent qui tente un combat inégal.

Au milieu de l'étang dont les vagues bouillonnent,
Leur lutte sans répit est effroyable à voir :
Les feuilles et le sable ensemble tourbillonnent,
Et le vent fait voler les planches du lavoir.

Le soleil palissant se fond dans les ténèbres
Et dans l'obscurité qui règne aux alentours;
Les nocturnes oiseaux jettent leurs cris funèbres
Et viennent du castel peupler les hautes tours.

Le seigneur de Bailleul, ayant foi dans sa lame,
Pourfend d'un coup d'estoc la tête du serpent,
Qui vomit en mourant un cratère de flamme,
Dont la lave inonda les deux tiers d'un arpent.

De son souffle il atteint l'étalon à la queue,
Qu'on avait oublié de recouvrir d'acier,
Et l'on vit à l'instant, et de plus d'une lieue,
Le feu qui dévorait cheval et cavalier.

Jeunes filles, au bois quand vous menez vos chèvres,
Évitez de passer seules près des halliers;
Voilez votre visage, n'entr'ouvrez point les lèvres :
C'est ici qu'habitaient jadis les templiers.

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Source: Moricet, Marthe / Récits et contes des veillées normandes (2 minutes)
Contributeur: Fabien
Location: Un étang à Villedieu / Villedieu-lès-Bailleul / Orne / France

L'église de Villedieu-les-Bailleul est dédiée à Saint-Jean Baptiste. A peu de distance, on rencontre des tuiles romaines en grande quantité. Ce lieu était jadis, selon la tradition, un bourg assez important pour avoir halle et marché. La terre de Villedieu fesait partie du domaine d'Argentan et d'Exmes. Elle en fut distraite par Henri 1er, roi d'Angleterre et duc de Normandie, qui la donna aux chevaliers de Jérusalem, avec celle de Villedieu-les-Poëles.

Tout près de l'église et de la commanderie, se trouve dans un frais vallon, qui est devenu la retraite des bergers, un trou taillé dans un rocher environné de pierres énormes qui paraissent avoir été renversées. On ne doute pas que ce trou ne soit fort profond, qu'il ne s'étende, en sens opposés, à Brière, à Exmes et qu'il ne renferme de grands trésors. Il conduit aussi au rocher des Vaux-Dobires sur Bailleul, sur lequel on voit des pas d'un génie-dieu qu'on nomme la Calotte rouge. Dans le rocher de Villedieu se retirait un monstrueux serpent qui fut pendant longtemps la terreur des contrées voisines. On lui présentait les prémices des moissons et le lait le plus pur des troupeaux pour calmer ses fureurs, et cependant il exigeait encore, à certaine époque, des offrandes bien plus funestes : on devait lui livrer une jeune fille qu'il trainait dans son antre où il la dévorait. Le vallon, frais et gracieux, était alors rempli d'eaux, et le dragon se promenait à la surface en vomissant des flammes qui laissaient après lui un long sillage de feu; quelquefois, il parcourait la campagne avec un grand bruit , et se rendait à Exmes, à Fontaine ou à Brière, où il exerçait ses ravages. A son retour, on entendait de loin résonner ses bruyantes écailles, et chacun rentrait effrayé dans sa demeure.

Enfin, ayant dévoré une demoiselle de l'ancienne et noble famille des Bailleul qui a donné deux rois à l'Ecosse, lorsque cette demoiselle allait voir les frères de la commanderie de Villedieu, un Monsieur de Bailleul, fort comme Satan, résolut d'affranchir le pays d'un tel monstre et se prépara à soutenir une attaque à outrance contre lui. Use couvrit d'une armure de fer blanc sur tous les points ainsi que son cheval et, bardé jusqu'aux dents, il s'avança vers le monstre si redouté. Il nageait fièrement sur l'eau quand le monstre le découvrit et vint se jeter sur lui avec une grande fureur. Le chevalier soutint le choc et porta sur son ennemi des coups tellement sûrs que sa perte devint certaine. Mais le monstre, dans l'excès de sa rage, vomit tant de flammes que le chevalier en fut suffoqué. Pour comble de malheur, son cheval étant venu à se détourner, les crins de sa queue, qu'on n'avait point entourée de fer blanc, comme tout le reste du corps, s'enflammèrent en un moment, et l'animal et celui qu'il portait furent consumés intérieurement. Le monstre expira sur leurs restes, et les habitants de Villedieu, sauvés par cet héroïque dévouement, ajoutèrent le nom de leur libérateur à celui de leur commune.

( Bibliothèque d'Alençon, Ms n° 2653, fol. 67 r° - 68 r° )


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