La légende de Mélusine [Luxembourg / Luxembourg / Belgium]

Published on March 29, 2025 Themes: Annonce de malheurs , Apparition , Château , Dame blanche , Date précise , Diable , Diable constructeur , Disparition , Fleuve | Ruisseau | RIvière , Mariage , Mélusine , Noblesse , Pierre | Roche , Promesse , Promesse rompue , Sirène , Soldat , Transformation , 0 vue

Mélusine au bord de l'Alzette
Mélusine au bord de l'Alzette. Source GilPe, CC BY-SA 3.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0>, via Wikimedia Commons
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Source: Gredt, N. (Dr.) / Sagenschatz des Luxemburger Landes (4 minutes)
Contributeur: Fabien
Location: Statue de Mélusine au bord de l'Alzette / Luxembourg / Luxembourg / Belgium
Location: Rocher du Bock / Luxembourg / Luxembourg / Belgium

Il y a plusieurs centaines d’années vivait au château de Körich un noble chevalier, le comte Sigefroi (Siegfried). Celui-ci, s'étant un jour égaré lors d'une partie de chasse, parvint vers le soir dans une vallée profonde, étroite et couverte d'une végétation sauvage. C'était la vallée de l'Alzette, à l'endroit où s’étendent aujourd’hui pittoresquement les faubourgs de Luxembourg autour du rocher du Bock. Le comte aperçut devant lui ce rocher imposant, surmonté d'une ancienne forteresse romaine en ruines. Tout à coup, une mélodie merveilleuse frappa l'oreille étonnée du chevalier. Après avoir écouté un moment ce chant, il se précipita vers l'endroit d’où provenait la voix, et aperçut bientôt, assise sur les ruines du château, une jeune femme d’une beauté si extraordinaire qu'il en resta pétrifié sur place. C'était Mélusine, la nymphe de l'Alzette. Sigefroi contemplait fixement l’apparition surnaturelle. Dès que la jeune fille vit le noble chevalier, elle fit tomber sur son visage son voile vert et disparut avec les derniers rayons du soleil couchant.

Accablé de fatigue, le comte Sigefroi s'étendit sous un arbre et s'endormit. Le lendemain matin, le chant des oiseaux le tira de son sommeil délicieux. Il se leva, suivit le cours de la rivière, et se retrouva bientôt dans les environs familiers de Weimerskirch, d’où il put regagner rapidement son foyer.

Mais l'image de la belle jeune femme et son merveilleux chant avaient profondément marqué l'âme du comte ; il retourna souvent dans cette région, qu'il avait prise en affection, afin de pouvoir jouir à nouveau du chant et de la beauté de Mélusine. Un jour, il la rencontra dans la vallée, car les visites du comte lui étaient agréables, et elle avait aussi éprouvé de l'amour pour le noble chevalier. Celui-ci s'avança rapidement vers elle, lui déclara son amour et la pria de devenir son épouse. Elle accepta, à la condition qu'elle ne quitte jamais le rocher et qu'il ne cherche jamais à la voir les samedis, où elle voulait être seule. Le comte le lui jura sous serment solennel.

Sigefroi fit alors un échange avec l'abbaye de Saint-Maximin à Trèves, par lequel il céda son beau domaine de Feulen près d'Ettelbruck en échange du rocher nu du Bock et des bois environnants. Cependant, pendant des années, il lui manqua les fonds nécessaires pour construire un château sur le rocher et y accueillir Mélusine comme épouse. Il accepta volontiers l’aide de Satan, qui lui proposa de lui bâtir un château magnifique en une seule nuit et de le combler de richesses, à condition qu'au bout de trente ans il lui appartienne entièrement. Ainsi apparut, du jour au lendemain, une splendide forteresse au sommet du rocher du Bock, dominant fièrement la vallée alentour. Sigefroi épousa la belle Mélusine et vécut des jours heureux. Mélusine lui donna sept enfants.

Mais chaque samedi, la nymphe se retirait, invisible aux yeux de tous, s'enfermant dans sa chambre. Pendant de longues années, elle observa cette coutume sans que son époux ne souhaite connaître ce qu’elle faisait ces jours-là ; mais ses amis, ayant appris ce secret, firent naître dans l'esprit du comte des soupçons envers son épouse. Sigefroi voulut alors savoir à tout prix pourquoi Mélusine se cachait ainsi les samedis. Le samedi suivant, il se précipita secrètement vers sa chambre ; il entendit alors d'étranges bruits d'eau éclaboussant. En espionnant par le trou de la serrure, il vit sa femme baignée dans les flots, lissant ses longs cheveux blonds avec un peigne d'or ; mais son beau corps se terminait par une horrible queue de poisson avec laquelle elle frappait l'eau. Le comte poussa un cri d'effroi, et au même instant, Mélusine disparut à jamais dans les profondeurs du rocher : elle était perdue pour Sigefroi.

On raconte que la nourrice du plus jeune enfant remarqua parfois, pendant la nuit, une silhouette blanche venir dans la chambre bercer l'enfant.

Depuis, Mélusine apparaît tous les sept ans en forme humaine au sommet du Bock, implorant les passants de la délivrer. Si personne ne réussit à la délivrer, la blanche apparition s'élève au-dessus de la ville en criant : « Encore sept années ! » et retourne dans le rocher.

À l'époque où Luxembourg était encore une forteresse, le poste de garde sur le Bock devint tellement redouté que même les soldats les plus courageux frissonnaient à l'idée d’y monter la garde pendant la nuit. Une fois, un soldat audacieux, ayant échangé son tour de garde avec un camarade, se trouva de minuit à deux heures du matin au poste du Bock. Mélusine lui apparut sous la forme d'une belle jeune fille et le supplia de la délivrer. Ce serait difficile, mais pas impossible, expliqua-t-elle. Toutefois, s'il pensait ne pas pouvoir le faire, il ne devait même pas tenter l'aventure, sinon elle s’enfoncerait trois fois plus profondément dans la terre. Pendant qu’elle parlait, un vacarme effrayant s'éleva autour du rocher, faisant craindre au soldat que tout ne s'effondre. Il promit néanmoins de satisfaire Mélusine. Il devrait alors, expliqua-t-elle, se tenir chaque soir pendant neuf jours consécutifs derrière l'autel de l'église des Dominicains exactement à minuit, sans une minute d’avance ni de retard. Cela fait, elle lui apparaîtrait le dixième soir sous la forme d'un serpent de feu tenant une clé dans sa gueule. Il devrait alors saisir la clé avec sa bouche et la jeter dans l'Alzette, ce qui accomplirait sa délivrance ; et le château romain serait restauré sur le Bock comme autrefois.

Huit soirs durant, le soldat se présenta exactement à minuit derrière l'autel désigné, mais le neuvième soir, il arriva en retard. Alors qu'il rentrait chez lui, il entendit près du rocher du Bock des hurlements et des rugissements tels qu'il imagina toutes les bêtes sauvages réunies dans les airs. Pourtant, aucun autre être humain n'entendit ces bruits.

On dit aussi que Mélusine, chaque fois que la ville de Luxembourg est menacée de danger ou de malheur, tourne autour du rocher du Bock en poussant des lamentations.

Ainsi, Mélusine n'est toujours pas délivrée à ce jour. Si elle ne l'est pas à temps, malheur à la ville de Luxembourg. Lorsqu'elle aura terminé la chemise à laquelle elle travaille—faite du lin produit par le rocher lui-même et à laquelle elle ajoute une maille tous les sept ans—sa libération viendra, mais les ruines de la ville serviront alors de tombeau à cette fidèle gardienne.


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