La légende de Tuohea, roi du sud de Hao [Hao / Îles Tuamotu / French Polynesia]

Veröffentlicht am 11. Juli 2026 Themen: 0 vue

Le roi Tuohea
Le roi Tuohea. Source OpenAI
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Source: Caillot, Eugène / Mythes, légendes et traditions des polynésiens (5 minutes)
Contributeur: Fabien
Ort: Sud de l'Île de Hao / Hao / Îles Tuamotu / French Polynesia

Tuohea était le roi du sud de Hao.

Bien longtemps après Munanui naquit le roi du sud de Hao. Il vit le jour dans la partie nord de cette île, Hao. Le nom de son père figure dans l’histoire de certains ancêtres de l’île.

Quand il vint au monde, il avait quatre yeux, ce qui effraya son père et sa mère. Ils le prirent et le portèrent dans la partie sud, où ils l’abandonnèrent. Ce furent les mauvais esprits qui prirent soin de lui pendant son enfance.

Lorsqu’il fut devenu grand, aucun homme ne pouvait se rendre dans la partie sud sans être mangé par lui. Il demeurait sous terre, dans les deux îlots d’Opokara et d’Onikau. Il allait et venait dans toute cette région à la recherche de sa nourriture.

Son costume était fait de la pluie, de la mer, du vent et du soleil. Il ne portait aucun vêtement et se promenait entièrement nu dans tous ces lieux.

Son corps était énorme, et les mauvais esprits de cette partie de l’île étaient à son service. Il avait divinisé certaines choses et s’était interdit de les manger, sous peine de mort.

Personne ne pouvait pénétrer dans son territoire du sud. Les pirogues qui s’y aventuraient étaient anéanties.

À cette époque, personne ne se rendait donc dans cette partie de l’île, par crainte d’être attaqué par le sauvage mangeur d’hommes aux quatre yeux, dont tous connaissaient la présence.

Ses frères et sa sœur décidèrent pourtant d’aller dans cette région, car ils savaient que le monstre était leur frère aîné : leurs parents le leur avaient révélé.

Ils partirent sous le prétexte d’aller pêcher. Ils prirent des poissons et, poursuivant leur voyage, arrivèrent sur la terre d’Onikau.

Les frères dirent à leur sœur :
« Va à terre et tâche de rencontrer notre frère Tuohea. S’il ne s’adoucit pas en te voyant, séduis-le en lui disant : “Comment ! Tu ne veux pas de moi pour femme ?” Dis-lui aussi d’autres choses honteuses, afin qu’il s’apaise devant toi. »

Leur sœur descendit à terre avec une provision de poissons. Lorsqu’elle arriva, Tuohea, qui se trouvait au bord de la plage, la saisit à bras-le-corps.

Elle lui dit de ne pas la serrer si fort, puis ajouta :
« Il faut que tu me prennes pour femme. Tu es un homme grand et beau, et j’ai grandement envie de toi. C’est pour cela que je suis venue. Ceux qui se trouvent au large m’ont abandonnée et repartent chez eux. Aie pitié de moi. »

Elle prononça ces paroles en pleurant devant Tuohea.

Celui-ci s’attendrit. Il l’embrassa, prit la provision de poissons, et tous deux disparurent sous terre.

Tuohea eut bientôt l’idée d’aller se promener, mais la jeune fille l’en dissuada :
« Reste ici auprès de moi, sur cette terre où j’ai tellement peur de la solitude. »

Comme elle disait cela en pleurant, Tuohea resta et rentra dans une grotte. La jeune fille se mit alors à faire du feu afin de cuire leur nourriture.

Après avoir recouvert les aliments, elle entra dans la grotte auprès de Tuohea et lui demanda ce qu’il savait et qui il était.

Il lui répondit :
« Moi, je suis le roi du côté sud. Mes gens sont les mauvais esprits. Mes résidences se trouvent à Onikau et à Opokara, sous terre, où je demeure chaque jour.

Lorsque je me promène et que l’envie de dormir me prend, je dors dans le lagon, sur les pierres. Je ne ressens ni le froid ni la douleur. Pendant que je me repose, deux de mes yeux dorment et les deux autres veillent.

Pour ma nourriture, je préfère la chair humaine : elle est délicieuse.

Ce qui est sacré pour moi et que je me suis interdit de manger, ce sont le requin, le gros rouget et le thon. Les arêtes de ces poissons sont pour moi des idoles que j’adore. »

À cet instant, la jeune fille connut parfaitement le secret de Tuohea.

Elle lui dit :
« Cela suffit. Dors maintenant. Je vais préparer notre repas. »

La jeune fille sortit pour apprêter les mets. Elle pénétra ensuite dans l’enceinte sacrée, vola les arêtes de poissons que Tuohea avait divinisées et les dissimula sur elle.

Puis elle réveilla Tuohea et lui demanda de venir manger.

Il se leva et sortit. Les poissons étaient servis. Lorsque la jeune fille eut placé devant eux toutes les espèces de poissons, Tuohea fut incapable de reconnaître ceux qu’il avait divinisés.

Ils mangèrent. Quand ils furent rassasiés, Tuohea alla dormir dans l’enceinte.

La jeune fille se leva alors, courut jusqu’au bord de la mer et fit signe à ses frères de venir la chercher.

Ses frères s’approchèrent à la pagaie, firent monter leur sœur dans la pirogue et se dirigèrent vers le large.

À cet instant, Tuohea sentit des frissons parcourir tout son corps. Depuis leur pirogue, ses frères lui avaient jeté un sort au moyen des arêtes de poissons que leur sœur avait dérobées et emportées hors de son enceinte.

Ils regardèrent Tuohea, qui se tenait au bord de la plage et titubait comme un homme ivre.

Tuohea partit malgré tout et parvint jusqu’à Opokara. Là, il tomba à terre, tandis que la pirogue le suivait en longeant la plage.

Quand ses frères comprirent que Tuohea était entièrement soumis au sort qu’ils lui avaient jeté, qu’il venait de tomber et ne pourrait plus se relever ni continuer à marcher, ils firent aborder leur pirogue à l’endroit même de sa chute.

Ils descendirent à terre, prirent Tuohea et le placèrent dans la pirogue.

Il n’était pas encore mort. Son corps tout entier était seulement affaibli par le poison des poissons qu’il avait mangés et par le sort que ses frères lui avaient jeté.

On l’allongea dans la pirogue. Son corps demeurait immobile, mais sa voix disait encore¹ :
« C’est moi, le roi Tuohea,
le roi du grand Sud,
du Sud où il n’y a pas d’arbres
et où il n’y a qu’un récif.

Mes vêtements sont la pluie,
le vent et le soleil.

Mes quatre yeux regardent
en haut et en bas,
mais maintenant ma vue se trouble.

Je meurs à Opokara.

C’est à Opokara
que j’ai marché pour la dernière fois ;
c’est à Onikau
que je demeurerai pour la dernière fois.

Je ne pourrai plus retirer d’entre mes dents
la chair humaine qui s’y trouvait,
et mes gens seront désormais malheureux. »

Il répéta toutes ces paroles dans la pirogue jusqu’au moment où ils abordèrent à Onikau².

Tuohea mourut là. Ses frères et sa sœur transportèrent son corps à terre et l’enterrèrent.

Ils retournèrent ensuite chez eux.

Une grande distance sépare les terres d’Onikau et d’Opokara, où se trouvent les enceintes dans lesquelles Tuohea habitait.

Ce ne fut qu’à partir de ce moment, après la mort de Tuohea sous l’effet du poison et du sortilège, que les hommes purent se rendre sur la côte sud.

Et l’histoire du roi Tuohea s’arrête là.

Notes de l’auteur

  1. Toutes les paroles placées entre guillemets sont prononcées dans l’ancien dialecte pa’umotu.

  2. À partir de cet endroit, le narrateur reprend son récit en dialecte pa’umotu moderne.


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