Le Riverside Ranch se trouve dans le comté de Nueces, sur la rivière Nueces. Il y a cinquante ans, alors que le propriétaire faisait construire une maison près d’un gué que l’on disait utilisé par les Indiens depuis les temps les plus anciens, un Mexicain arriva au camp avec trois ânes de bât. Lui-même et ses bêtes étaient épuisés par le voyage, et il demanda l’autorisation de camper là afin de laisser reposer son équipage. On la lui accorda volontiers et, fidèle à son allure nonchalante, le Mexicain entrava ses ânes, puis s’étendit au soleil et prit la vie tranquillement pendant plusieurs jours.
Les hommes occupés à bâtir la maison remarquèrent ensuite qu’il semblait rechercher diverses herbes et plantes, tout en examinant attentivement le sol. Après avoir mené pendant près de deux semaines ses investigations solitaires, le Mexicain parut très abattu. Une nuit, il vint au camp des Texans et demanda à parler au propriétaire des terres. Il leur raconta alors son histoire. Lui et ses ânes étaient venus de l’intérieur du Mexique par la longue piste, à la recherche d’un coffre au trésor enfoui. Son voyage touchait à sa fin, mais il n’avait pas trouvé le trésor. Voici l’histoire de ce trésor telle qu’il la raconta :
« Quand mon père était enfant, il quitta la maison pour partir avec un groupe d’Espagnols vers la côte. Ils avaient trois grands chariots et une magnifique voiture : la voiture pour le capitaine, un chariot pour le cuisinier et deux chariots pour l’escorte. Ils partirent à minuit d’une mine appartenant au capitaine et, au moment de se mettre en route, ils offrirent aux étoiles un grand déploiement de faste. Ils atteignirent puis franchirent le Rio Grande sans difficulté ; puis, señor, vinrent les sables, le désert terrible. Ils mirent des jours à le traverser et, lorsque les robustes mules espagnoles furent usées jusqu’à l’os, ils campèrent au premier endroit où ils trouvèrent de l’eau.
« Ils comptaient se reposer une semaine, mais, dans la nuit, les Indiens attaquèrent, tuèrent un homme et emmenèrent deux mules. À l’aube, la troupe repartit, suivie par les Indiens. Le capitaine espagnol décida d’abandonner l’un des chariots ; il fit donc transporter les lourdes caisses dans la voiture où il prenait place lui-même. Ainsi les pobrecitos continuèrent-ils jusqu’à atteindre la Nueces, sur cette même piste, et c’est ici même, sur cette rive, qu’ils campèrent. Cette nuit-là, ils sortirent les lourdes caisses, et le capitaine, aidé de trois hommes, creusa un grand trou pour les enfouir, tandis que le reste de la troupe montait la garde.
« À l’aube, ils franchirent la rivière au gué, espérant réussir à fuir et à gagner de nouveau le Mexique pour y chercher des renforts. Cinq jours plus tard, les Indiens fondirent sur eux avec de grands cris, et tous furent tués sauf le jeune garçon, mon père. Il se glissa dans les hautes herbes et, après de longs mois, parvint à rentrer chez lui. Aujourd’hui, il est muy, muy viejo — très, très vieux — et il m’a envoyé chercher autant d’or que je pourrais en charger sur trois ânes. L’or, dit-il, a été enterré au pied d’un arbre, avec quelques pierres placées au-dessus. Mais l’arbre a disparu, et des pierres il y en a partout. Je pars demain. Si vous trouvez l’or espagnol, il sera à vous. Adiós ! »
Inutile de dire que, pendant quelques jours, les bois se remplirent de chercheurs de trésor ; mais, autant qu’on sache, aucun ne réussit. Pourtant, l’histoire d’un coffre d’or enfoui sur le Riverside Ranch s’est transmise de ces temps anciens jusqu’à aujourd’hui.
