La légende de Saint Aventin et de l'ours [Verrières / Aube / France]

Publié le 2 avril 2026 Thématiques: Abbaye | Monastère , Accueil , Animal , Blessure , Ermitage , Guérison , Légende chrétienne , Ours , Saint | Sainte , Saint Aventin , 8 vues

Chapelle Saint-Aventin
Chapelle Saint-Aventin. Source Garitan, CC BY-SA 4.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0>, via Wikimedia Commons
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Source: Hilton, Agnes Aubrey / Legends of saints and birds (2 minutes)
Contributeur: Fabien
Lieu: Chapelle Saint-Aventin (ancien ermitage) / Verrières / Aube / France

[...] Aventin [...] aimait toutes les créatures avec une telle tendresse qu’on raconte même qu’un jour, ayant marché sur un serpent et l’ayant écrasé, il se pencha sur lui, le réchauffa et le chérît si bien que la vie lui revint, et la bête s’éloigna en rampant.

Il vécut au VIᵉ siècle, abbé d’un monastère en France, à Troyes. Tout l’argent qu’il parvenait à rassembler, il le dépensait volontiers à racheter des captifs. Or il arriva qu’un jour une troupe de soldats traversa Troyes, emmenant avec elle un garçon prisonnier. Aventin, touché par la douceur de son visage et la piété de son maintien, leur donna de l’argent pour sa rançon, et ils laissèrent l’enfant derrière eux lorsqu’ils reprirent la route. Il s’appelait Fidolus. Aventin lui apprit la Foi et en fit un moine, l’aimant comme s’il eût été son fils.

Puis, quand Aventin devint vieux et qu’il voulut se reposer de ses travaux, passant ses derniers jours en prière avant d’être rappelé de la terre, il confia le monastère à Fidolus — que les moines estimaient — et se retira dans la forêt.

Là, il vécut de longues années dans une contemplation paisible, ayant pour amis les oiseaux et les bêtes. Un moine du monastère lui apportait la nourriture dont il avait besoin ; mais souvent, en plongeant sa cruche dans la rivière pour y puiser de l’eau, de tout petits poissons s’y trouvaient pris. Aventin les rapportait alors au courant, car il ne voulait blesser ni détruire aucune créature, sauf nécessité. Les animaux, le sachant, aimaient le doux ermite : des cerfs poursuivis par les chasseurs venaient se réfugier jusque dans sa cellule, et Aventin les protégeait contre leurs poursuivants.

Or, une nuit, un ours vint frapper à sa porte, comme s’il eût voulu l’enfoncer. La nuit était orageuse ; le fracas de la pluie et le sanglot du vent dans les branches se mêlaient au grondement de la bête dehors. Aventin était vieux et faible : il verrouilla la porte et pria pour que la fureur de l’animal — comme il le croyait — ne lui fît pas de mal. La nuit passa, l’orage cessa, et les pâles stries de l’aube parurent à l’orient ; alors l’ermite déverrouilla sa porte, et voici que, sur le seuil, l’ours gisait, calme et immobile.

Quand il vit Aventin, il se tapit à ses pieds, puis se mit à les lécher en signe de bonne volonté ; ensuite il leva une de ses énormes pattes, regardant l’ermite comme pour dire : « Pourquoi, maître, as-tu fermé ta porte contre moi ? » Aventin vit alors qu’une épine cruelle était fichée dans le large coussinet. Il eut honte d’avoir barricadé sa porte et dit : « Pauvre bête ! tu souffrais et tu cherchais du soulagement, tandis que je croyais que tu venais en rage pour ma vie. »

Il prit la patte, la retint, et tira l’écharde : l’ours se laissa faire docilement. Puis Aventin lava la plaie, banda la patte, et bientôt l’ours repartit en boitant dans la forêt.

Quand Aventin mangeait, il émiettait un peu de son pain : il tenait les miettes dans sa main, et tous les oiseaux de la forêt accouraient vers lui, se posant sur ses doigts, sa tête ou ses épaules, les ailes frémissantes et le gosier plein de pépiements. Chaque jour, ils mangeaient à son petit déjeuner et chantaient leurs louanges ; et quand la dernière miette était avalée, ils s’envolaient vers les branches et y entonnaient leur action de grâce, si bien que les clairières résonnaient comme d’antiennes d’un chœur ailé.

Voilà ce que faisait l’ermite, par amour pour toutes les créatures. [...]


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