La légende de Grégoire à la Bouche d’Or [Corough / Galway / Irlande]

Publié le 30 mars 2026 Thématiques: 6 vues

Grégoire à la Bouche d’Or
Grégoire à la Bouche d’Or. Source OpenAI
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Source: O'Hanlon, John / Irish local legends (3 minutes)
Contributeur: Fabien
Lieu: Gregory’s Sound / Corough / Galway / Irlande
Lieu: Uamhain Ghrióra (Gregory’s Cave) / Inishmaan / Galway / Irlande

Le passage entre Aranmore et Inishmaan, l’« île du Milieu », s’appelle Gregory’s Sound. Selon les insulaires d’Aran, ce nom vient d’un vénérable homme nommé Naomh Greoihir, ou saint Grégoire. Ce saint pénitent venait à l’origine du continent, situé au sud-est. Là, il s’était rendu coupable d’un péché très grave, et il désespérait presque d’obtenir pardon.

Dans l’angoisse, Grégoire grinça des dents si fort qu’il se mordit et s’arracha la lèvre inférieure, ce qui lui donna un aspect effrayant. À cette époque, le saint abbé Enda vivait aux îles d’Aran. Grégoire prit une barque et traversa jusqu’à Inishmaan, espérant y recevoir consolation spirituelle et apaiser les remords de sa conscience. Il souhaitait devenir l’un des moines de saint Enda et passer le reste de ses jours dans les exercices d’une pénitence des plus rigoureuses.

Mais lorsqu’il révéla à saint Enda l’énormité de sa faute, le grand abbé refusa de l’admettre dans sa communauté, de peur que cela ne devînt un sujet de scandale pour les frères. Toutefois, le supérieur lui promit de lui donner conseil et réconfort, à condition qu’il vive retiré sur la côte nord d’Inishmaan. On y trouvait une grotte où Grégoire s’établit et où il s’imposa un très dur régime de pénitence.

Pour réparer la difformité causée par la perte de sa lèvre, saint Enda fit apparaître à sa place une lèvre d’or. C’est pourquoi, plus tard, le pieux anachorète fut appelé « Grégoire à la Bouche d’Or ».

Un rocher et une petite anse près de son ermitage portaient le nom de Portaich ; et, avec le temps, l’endroit où il demeurait fut connu sous le nom de grotte de Grégoire. Là, le fervent pénitent passa le reste de sa vie dans la solitude et la prière. Durant son séjour, saint Enda et ses moines traversaient souvent depuis Aranmore pour lui rendre visite et adoucir les heures de cet exil volontaire.

Grégoire vécut longtemps en ce lieu. Puis la vieillesse vint, et sa santé déclinante l’avertit que la mort approchait. Il fit appeler les moines de saint Enda pour se préparer au départ ultime, et il reçut de leurs mains les derniers rites de l’Église. Mais son humilité était telle qu’il estima que ce serait une sorte de profanation d’être enterré parmi les saints d’Aran. Il demanda donc, comme faveur suprême, qu’on le remorque — dans une sorte de cercueil ou de cuve — jusqu’au milieu du détroit, et qu’on l’y confie aux profondeurs.

On exauça sa demande : lorsque son souffle l’eut quitté et que son corps fut sans vie, on plaça ses restes dans la cuve, en y ajoutant des pierres pour l’alourdir afin qu’elle coulât au fond du passage. Les moines regagnèrent ensuite la côte vers Killeany, pensant que tout était accompli.

Mais quelle ne fut pas leur surprise en débarquant : la cuve, qu’ils croyaient au fond de l’océan, se trouvait à sec, sur la plage, à un endroit qu’on appelle aujourd’hui Port. Ils la reprirent, la ramenèrent au milieu du détroit et la coulèrent une seconde fois. En revenant à terre, ils virent se reproduire la même chose. Une troisième fois, ils retournèrent et l’immergèrent encore ; et, une troisième fois, en débarquant, le cercueil reposait devant eux sur un banc de sable.

Stupéfaits, et comme saisis d’une inspiration soudaine, ils s’écrièrent :

« Iongnadh, iongnadh, adlaicmaois ameasg na naomh. » — « Un miracle, un miracle ! Enterrons Grégoire parmi les saints ! »

L’endroit où se trouvait la dépouille n’était pas loin du cimetière et de l’église de Killeany, où déjà reposaient de nombreux moines saints. On y ouvrit une tombe, et l’on y déposa le corps de Grégoire le Reclus.

On montre encore un petit tertre vert qui se dresse au milieu des sables blancs mouvants, souvent poussés par les vents de l’est ou du sud sur le cimetière. Aucune famille d’Aranmore n’oserait empiéter sur ce lieu sacré, tandis que les enterrements se font parmi les saints reposant à Killeany, sans marque ni distinction. Solitaire comme il avait vécu, les os du pénitent Grégoire demeurent isolés, au bord du cimetière ; sa tombe n’a pas de monument. Pourtant, le guide d’Aran, Derane, comme les insulaires, la montrent aux visiteurs et racontent la romance de celui qui y repose.

Elle se trouve un peu à l’écart des ruines intéressantes du vieux Killeany, qui, selon la tradition, serait l’église mortuaire de saint Enda.


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