La légende du château de Montdragon [La Bosse (Sarthe)]

Publié le 11 novembre 2023 Thématiques: Âme , Argent , Charbonnier , Château , Diable , Diable roulé , Femme , Feu , Grotte , Maladie , Or , Origine , Origine d'une trace dans la roche , Pacte avec le Diable , Ruine financière , Ruse ,

Château de Montdragon
Château de Montdragon. Source Perche-gouet.net
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Source: Filleul-Pétigny / Revue des Traditions Populaires (1896) (3 minutes)
Lieu: Château de Montdragon / La Bosse / Sarthe / France

Le château de Montdragon, situé commune de la Bosse (Sarthe) et en grande partie ruiné, appartenait autrefois à une famille du même nom.

Un des possesseurs avait fait de grandes dépenses pour l'embellir et s'y était ruiné. Ses créanciers réclamaient avec instance et menaçaient de faire vendre le château.

M. de Montdragon, ne sachant où donner la tête, sortit faire une promenade dans ses bois. Il fit alors rencontre d'un charbonnier, le père Mathurin, dont le visage renfrogné l'intrigua vivement. Qu'as-tu-donc, lui demande-t-il ? C'est que, lui dit Mathurin, ma femme est bien malade et j'ai bien peur de la perdre ; mais vous non plus, monsieur, vous ne paraissez pas gai. - Peu t'importe. Mon chagrin et le tien sont deux, et certainement que ce n'est pas toi qui pourrais me fournir l'argent dont j'ai besoin. - A savoir, reprend le bonhomme d'un air malicieux, de l'argent, moi j'en ai autant que je veux; je connais un particulier qui ne m'en laisse point manquer, et si vous le voulez bien, je vous l'enverrai demain sur les deux heures.

Les deux interlocuteurs se séparent alors, mais M. de Montdragon n'ajoutait guère foi au dire du charbonnier. Il attendit pourtant le lendemain à l'heure indiquée.

Tout-à-coup un bruit de voiture lui fait mettre la tête à la fenêtre. Un superbe carrosse attelé de deux chevaux couleur feu et conduit par un cocher, aux cheveux et aux favoris carotte, vient de s'arrêter à la porte. Un monsieur vêtu de noir en descend, qui demande M. de Montdragon. On le fit monter à son appartement.

Après avoir foudroyé le châtelain du regard, cet inconnu s'assied et lui dit sans autre préambule «Vous êtes ruiné, vous voulez de l'argent ! je puis vous en donner autant que vous voudrez, mais à une condition, c'est que votre âme m'appartienne dans vingt ans, jour pour jour ».

Soit, dit M. de Montdragon, heureux de faire face à ses dettes.

La fortune élut dès lors domicile au château de Montdragon ; les coffres du riche seigneur regorgeaient d'or et semblaient inépuisables.

Mais les vingt ans prirent fin. Depuis huit jours M. de Montdragon ne dormait plus. Un soir le même carrosse, attelé des mêmes chevaux couleur feu, et conduit par le cocher aux cheveux et aux favoris carotte, s'arrêtait à la porte du château ; le visiteur en habit noir en descendit, demandant M. de Montdragon.

Mme de Montdragon, vivement intriguée de cette visite, vint en prévenir son mari. « Je sais, dit-il, c'est le diable. Voici aujourd'hui vingt ans, j'ai fait un pacte avec lui, et en échange de mon âme il m'a procuré l'aisance qui règne ici ».

Mme de Montdragon aimait son mari, elle résolut de le sauver ; elle alluma une torche déjà en partie consumée et descendit à la rencontre du visiteur. « Mon mari, lui dit-elle, est en train de faire son testament, il sera prêt d'ici un instant. Accordez-lui seulement le temps que durera cette torche ».
- Soit, dit le diable, j'attendrai.

Alors, la dame soufflant la torche, lui dit d'un air de défi : « Vous attendrez longtemps, car je vais ranger précieusement cette torche et elle n'est point près d'être consumée ».

Le diable, se voyant joué, entra dans une colère effroyable ; mais il était lié par sa promesse ; il prit le parti de s'en retourner, et à peine était-il monté en voiture que le cocher aux favoris carotte fouette les chevaux avec rage. Ceux-ci bondissent à travers la muraille et y font une brèche énorme et le carrosse s'enfonce sous terre.

Cette brèche se voit encore aujourd'hui ainsi que le précipice. Tous les seigneurs du château ont vainement tenté de boucher cette brèche et de combler le précipice. Une pierre jetée dans ce gouffre sans fond y roule longuement et disparait on ne sait où.


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