Au Ziegelkopf, près de Lucelle, se trouve une grotte qui s’enfonce profondément dans la montagne. Lorsque le monastère fut détruit pendant la guerre des Suédois, il s’y serait, selon la tradition générale des habitants des environs, passé l’histoire suivante.
Le frère convers Arsen, qui passait pour un magicien, se rendait chaque samedi dans la grotte, monté sur un bouc noir, et en rapportait chaque fois une charge d’argent monnayé, employée à la reconstruction du monastère. Ni l’abbé ni les pères ne savaient d’où venait cet argent, car Arsen le déposait chaque fois discrètement à un endroit déterminé. Or, un samedi, l’abbé ordonna à Arsen de veiller toute la nuit auprès d’un malade. Il obéit ; mais lorsque sonna l’heure de minuit, à laquelle le frère convers avait coutume de se rendre dans sa grotte, il fut pris d’une sueur si abondante que l’eau traversa le plancher. À partir de cette nuit-là, il cessa sa chevauchée mystérieuse.
La nouvelle de cette affaire s’était, semble-t-il, répandue parmi les gens, et plusieurs avaient déjà osé pénétrer dans la grotte, espérant y trouver de l’argent.
Il y a seulement quelques années encore, quelques hommes tentèrent de nouveau l’aventure, tous munis de lumières. On leur avait conseillé de ne surtout pas siffler une fois à l’intérieur. Mais à peine étaient-ils entrés dans la grotte qu’une telle envie de siffler les saisit qu’ils ne purent s’en empêcher. Aussitôt, toutes leurs lumières s’éteignirent, sauf un petit bout de chandelle qui avait été bénit. À la faible clarté de cette lumière, ils avancèrent alors d’environ cent cinquante pas, puis arrivèrent dans une vaste salle au milieu de laquelle se trouvait un grand trou. Là était fixée une longue corde de cuir qui permettait de descendre dans les profondeurs. Deux des hommes s’en saisirent et glissèrent vers le bas. Dans la salle inférieure, ils trouvèrent une vieille table avec quelques petites lampes « à l’ancienne mode » ; au mur, à un clou, pendait la robe du frère Arsen ; mais il n’y avait ni argent ni monnaie.
Non loin de cette grotte se trouverait le véritable Trou d’Argent. Des hommes qui y sont entrés racontent qu’à une distance d’environ soixante pas se trouve un lac, qu’une étroite passerelle franchit, mais qu’aucun homme ne pourrait y passer sans la rompre. Au-delà du lac, tout scintillerait d’un argent pur.


