La légende de la Chapelle de Hohflüe (HohflueKapelle) [Ried-Mörel / Raron / Suisse]

Publié le 21 août 2025 Thématiques: Aigle , Animal , Chapelle , Château , Enfant , Noblesse , Origine , Origine d'un lieu de culte , Prière , Promesse , Sauvetage , Vol dans les airs ,

HohflueKapelle
HohflueKapelle. Source Google Street View
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Source: Solandieu / Légendes Valaisannes (1919) (3 minutes)
Contributeur: Fabien
Lieu: Ruines du château de Mancapan ou Mangepan / Ried-Mörel / Raron / Suisse
Lieu: Hohfluekapelle (Chapelle de Hohflüe) / Riederalp / Raron / Suisse

Entre l'impétueux torrent de la Massa, rière Naters, et le romantique village de Moerel, en Conches, se trouve, adossée contre le roc, l'antique chapelle votive d'Hohflüe. Elle est postée sur la berge du Rhône, dans un endroit où la roule de la Furka se trouve étranglée entre le fleuve et les hautes parois surplombantes : un lieu bien fait pour y ériger une chapelle. Les gens de la contrée qui passent là, ne manquent pas de s'y arrêter pour demander quelque grâce à la Vierge de Hohflüe et admirer les vieux tableaux suspendus aux murs, représentant des scènes effrayantes de l'Enfer et du Jugement dernier.

Quelle est l'origine de ce remarquable sanctuaire, primitivement dédié à Sainte Agnès, et restauré au dix-huitième siècle ?

Sur un rocher voisin de Moerel, se voient encore quelques débris de l'ancien manoir des sires de Mangepan, construit vers l'année 1060.

Des traditions plus ou moins fantaisistes, grossies par la superstition, racontent les faits les plus révoltants sur la vie des seigneurs de Mangepan, qui n'auraient été qu'une bande de détrousseurs de grands chemins, de brigands enrichis des malheurs d'autrui.

La chronique ne dit pas grand'chose de l'existence aventureuse de ces anciens nobles ; ils furent au nombre des premiers qui vinrent se fixer dans le Haut-Valais, avec les de Blandrati, les d'Ornavasso, les Vuarelli, les d'Aragno, les de Graniola, etc.

Suivant certains historiens, les de Mangepan étaient originaires d'Italie et s'appelaient Mangepani ; ils étaient venus s'établir à la fin du XIème siècle dans le comté de Moerel, relevant de la juridiction des comtes de Savoie, et y possédaient en fief la terre et le château qui prirent leur nom.

Voici ce qu'une légende assez répandue rapporte sur un des membres les plus marquants de cette famille féodale.

Conrad de Mangepan était, en 1250, l'unique possesseur du fief de Moerel. C'était un homme rude et grossier, ignorant de l'amour du prochain, ne connaissant que le droit du plus fort, méprisant les pauvres serfs de la seigneurie, toujours prêt à frapper celui qui ne voulait pas se soumettre aveuglément à sa tyrannie.

Il avait épousé la belle et douce Agnès de Vinéis, fille du seigneur de Weingarten, à Naters, dont la vie fut un long et douloureux calvaire. Elle fut profondément malheureuse, victime d'une jalousie farouche que rien ne justifiait, et passa une partie de son existence enfermée dans une tour du manoir de Mangepan.

De cette union si mal assortie naquirent deux fils : Guillaume et Markard. Le premier était tout le portrait de son père, au physique et au moral ; le second ressemblait à sa mère et, par sa douceur et par sa bonté, fut toute sa vie la dupe de la mauvaise foi de son frère.

Quand Markard était encore au berceau, sa mère l'avait, par un beau jour d'été, porté au grand air sur une terrasse du château, et le berçait pendant qu'assise sur un escabeau elle filait.

Soudain, le heurtoir frappant violemment la porte d'entrée du manoir, la châtelaine pensa que le sire de Mangepan rentrait de sa chevauchée. Elle courut vers la porte pour lui ouvrir.

Quand la dame de Mangepan revint auprès du berceau, elle n'y trouva plus son enfant, mais vit, dans les airs, un aigle qui l'emportait dans ses serres. Elle poussa un cri déchirant qui fit accourir le baron. Elle put lui montrer l'oiseau ravisseur et le berceau vide, puis elle se jeta à genoux, pendant que son époux, au comble de la fureur, dégringolait vers la plaine, cherchant à suivre la piste de l'oiseau de proie qui, visiblement, ne paraissait pas pouvoir aller bien loin avec son fardeau. Le sire l'eût facilement tué d'une flèche, mais il craignait en même temps d'atteindre son enfant.

La dame de Mangepan, prosternée devant le Ciel, fit vœu d'élever une chapelle à Dieu, sous le vocable de sa patronne Sainte Agnès, à l'endroit même où l'aigle déposerait sain et sauf son cher enfant.

Le rapace fonça subitement vers la terre, et, sans doute épuisé, posa sa proie sur le bord du Rhône, à quelque distance du village de Moerel ; puis poursuivi par les serfs qui lui lançaient des pierres avec leurs frondes, il reprit son vol vers les hauteurs et disparut dans les bois de Thermen. L'enfant était sauvé.

Le sire de Mangepan qui avait suivi toutes les péripéties de ce drame émouvant, arriva bientôt sur les lieux et fit transporter le bébé au château. La mère le reçut avec des larmes d'amour et de reconnaissance. Elle fit part à son époux du vœu qu'elle avait fait, ne doutant pas que Dieu n'eût accompli un miracle en sa faveur.

Par extraordinaire, le baron acquiesça avec grâce à la prière de sa noble épouse, et fit construire, à la place même où son enfant fut retrouvé, une fort belle chapelle, en partie détruite pendant les guerres de Pierre de Savoie, et restaurée plus tard.

Cette vieille chapelle, appelée aujourd'hui Hohflüe (Haut-Rocher), est devenue un lieu de pèlerinage encore très fréquentée par les habitants de la vallée.


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