Les Ricci étaient jadis, à Florence, une famille qui, comme leur nom l’indique, possédait d’immenses richesses : ils avaient plusieurs rues, des palais, et des tours — lesquelles, à elles seules, établissaient leur droit à la puissance, à la fortune et à la noblesse. Car, comme en Sicile les nuraghi ou tours-citadelles étaient l’asile nécessaire de chacun, de même, dans toutes les villes italiennes du Moyen Âge, tout chef de clan ou de grande famille devait strictement posséder une ou plusieurs places fortes.
Il est agréable de lire, comme l’exprime le Calendario, à propos des Ricci, « que si leurs constructions donnent l’idée de la vaste opulence de cette famille, les pages de l’Histoire abondent aussi en preuves de leur grande vertu ». C’est pourquoi j’appris avec satisfaction, par une légende du peuple, que la mémoire de cette grande et bienfaisante lignée se perpétue sous l’image d’un immense héritage laissé à Florence, destiné un jour à être réparti impartialement entre tous ses habitants, lorsque la cité aura atteint l’acmé de sa prospérité — ou sera dans une détresse extrême ! Tout cela est pleinement expliqué dans l’admirable récit suivant, traduit littéralement.
« [La tour des Ricci] est à l’angle de la Via Santa Elisabetta, au début de la Via dei Ricci. Elle a beau avoir été modernisée, on peut encore la reconnaître. Et toute la Via Santa Elisabetta, ainsi que la Via dello Studio, appartinrent autrefois à la famille des Ricci.
On dit qu’ils enfouirent sous cette tour un trésor mystérieux, ou enchanté, qui doit y demeurer jusqu’au jour où l’on en aura le plus grand besoin, ou quand la misère sera à son comble à Florence.
Ce trésor est gardé par un Nain Rouge, que l’on voit souvent après minuit aller et venir, de long en large, devant la Torre dei Ricci, comme s’il attendait quelqu’un — preuve en est qu’il arrête de temps à autre un passant pour lui demander s’il n’a pas vu un noble cavalier monté sur un beau cheval blanc.
Ce nain est un folletto, un lutin ; son office est de garder le trésor, et, tant qu’il ne sera pas découvert, il ne trouvera pas de repos — non può stare in pace.
La découverte doit être faite par un grand seigneur qui viendra de très loin, chevauchant un magnifique cheval blanc. Il arrivera à minuit, la nuit de Noël, s’arrêtera devant l’église ; mettant pied à terre, il confiera les rênes au Nain Rouge, puis, entrant dans la tour, prendra le trésor.
Le Cavalier au Cheval Blanc remettra alors l’or à la garde du (chef de la) plus ancienne famille de Florence ; et celui-ci le distribuera, soulageant la ville d’une grande misère, suscitant l’allégresse et amenant tous à bénir le nom des Ricci, qui, mourant, furent si bienfaisants. Et quand cela sera fait, le Nain Rouge aura la paix et l’on ne le verra plus. »
Ce qui contredit quelque peu ce récit, c’est une autre légende selon laquelle le trésor croît ou diminue avec la prospérité de Florence, et ne doit être distribué qu’à son maximum. Les économistes pensent que cela n’adviendra qu’après l’abolition de la dogana, les taxes perçues aux portes de la ville. On observera que le Cheval Blanc signifie victoire, succès ou prospérité — mais non sans longue attente et délai. Ainsi Crescentius devait, après bien des années, venir sur le Cheval Blanc et délivrer Rome de la tyrannie. La Mort sur le Cheval Pâle est la victoire finale sur tout mal. Voir soudain un cheval blanc lorsqu’on est dans l’épreuve présage que l’affliction passera et qu’à sa suite viendra la joie — mais non pas immédiatement. On trouve une masse de traditions confirmant tout cela.


