La légende de l'origine de la Vénus de Médicis [Firenze / Città Metropolitana di Firenze / Italie]

Publié le 25 septembre 2025 Thématiques: Amour , Artisan , Dieux , Dieux Romains , Oeuvre d'art , Origine , Origine d'une oeuvre d'art , Sculpture , Statue , Statue qui se transforme en humain , Transformation ,

Vénus de Médicis
Vénus de Médicis. Source Sailko, CC BY 3.0 <https://creativecommons.org/licenses/by/3.0>, via Wikimedia Commons
ajouter aux favoris Ajouter une alerte en cas de modification augmenter la taille du texte reduire la taille du texte
Source: Anonyme / Legends of Florence: Collected from the People, Volume 2 (1896) (3 minutes)
Contributeur: Fabien
Lieu: Vénus de Médicis (Gallerie degli Uffizi) / Firenze / Città Metropolitana di Firenze / Italie

Il y a bien longtemps, quand les esprits et folletti du vieux temps romain vivaient encore dans le pays, il y avait à Florence un jeune sculpteur qui habitait la tour de la via Lambertesca, près de Por San Maria. Il avait un grand talent et une beauté merveilleuse, si bien qu’on disait qu’il avait été béni par les fées.

« Car ceux que les fées ne bénissent pas
Sont rarement fameux pour leur beauté,
Et tombent toujours en profonde détresse. »

Or il arriva qu’un jour, cherchant des sujets d’étude dans un ancien temple romain, à quelque distance de la ville, il découvrit une statue de femme d’une beauté exquise, qu’il admira plus qu’aucune chose au monde. La nuit venue, il ne put dormir : l’image le hantait comme un être vivant. La passion fut telle qu’il retourna au temple et, s’y glissant, déroba la statue. Elle était certes très lourde, mais le jeune homme était fort comme un bœuf, et son désir fou de la posséder le portait : il fit grand chemin à la portant. À la fin pourtant, haletant et quasi désespéré, il dut la poser, craignant de l’abandonner, quand — à sa stupeur — la statue parla et dit :
« Ne te décourage pas ; reprends-moi et fais un grand effort. La Fortune favorise l’audace et fortifie les forts ! »

Alors il mit toute sa force à porter le beau fardeau — et soit que sa vigueur eût grandi, soit que l’image se fût allégée, il parvint chez lui avec aisance. Ce n’était d’ailleurs pas si étrange qu’elle pesât moins : elle était devenue une femme vivante, la plus belle créature de la terre, que le sculpteur aima et vénéra, et qui, demeurant auprès de lui, le rendit parfaitement heureux. L’inspirant, elle l’aida tant dans son œuvre qu’il devint le plus grand sculpteur vivant.

Mais une nuit, il vit en songe une dame d’une beauté magnifique, surhumaine. Elle le regarda sévèrement et dit :

« Je suis la plus grande des déesses :
Car je suis Vénus, reine de la terre et du ciel,
Vénus, qui règne sur tous les cœurs ; et toi,
Tu as osé ravir la plus belle statue
De mon sanctuaire. Tu seras désormais
Le plus maudit, le plus tourmenté des hommes,
Geignant en vie de toutes les peines de l’enfer,
À moins que tu ne me la rendes :
À moins que tu ne ramènes la statue à son foyer. »

La déesse disparut. Le jeune homme, réveillé en grand effroi, raconta son rêve à sa femme. Elle répondit :
« Je m’y attendais, en vérité ; mais il y a toujours une solution, quand on aime. Rendors-toi vite : lorsque la déesse reparaîtra, promets-lui de la reproduire en marbre, aussi belle que nature ; dis-lui qu’avec amour et adoration tu la façonneras, en la priant d’inspirer ton œuvre. »

Il se rendormit ; comme l’avait dit sa femme, la déesse revint, et il lui parla ainsi :

« La plus belle, la plus douce des divinités,
Vénus, reine de toute beauté,
Toi qui aimes toujours à pardonner,
Toi dont la joie est de récompenser !
Laisse-moi garder la statue que j’ai prise,
Puisque mon amour lui a donné la vie,
Et que tu es l’esprit de cet amour.
Permets-moi d’en faire une autre à sa place,
De replacer ton image dans ton sanctuaire ;
Et si elle n’est pas aussi belle,
Alors je te rendrai mon épouse. »

La déesse, l’entendant, sourit et s’évanouit ; et il sembla au jeune homme que l’air et le ciel tout entiers s’embrasaient d’une lueur rose. À son réveil, toute la chambre embaumait la rose comme un jardin.

Alors il se mit à l’œuvre de tout son cœur, guidé par le souvenir de la déesse, véritablement inspiré par la dévotion ; et il fit la plus merveilleuse statue du monde, qui fut replacée au temple avec grande cérémonie.

Dès lors, il devint le plus grand sculpteur de son temps ; et la statue qu’il fit se voit encore aux Uffizi de Florence : on l’appelle la Vénus de Médicis.


Partager cet article sur :