Le nom de « San Caja » est chargé de sens, même si son origine reste discutée. Certains, qui devraient le savoir, affirment qu’il signifie « sainte boîte » ou « coffre sacré », le mot caja renvoyant au coffre, ou aux coffres, de trésor cachés dans la montagne. Mais un Blanc natif du pays de San Caja m’a raconté qu’un très vieux Mexicain lui avait dit autrefois que le nom était à l’origine Sin Caja : sin voulant dire « sans », et caja pouvant aussi s’entendre comme « cercueil ». Le sens serait donc : « sans cercueil ». D’après ce Mexicain, le nom venait du fait qu’un homme avait autrefois été enterré sur la montagne, ou dans la montagne, sans cercueil — peut-être même pas enterré du tout, mais laissé à l’air libre. L’une comme l’autre interprétation convient bien aux légendes du lieu.
Sous la montagne se trouverait une grotte dont l’entrée s’ouvre à mi-hauteur, sur le versant ouest. Les bandits mexicains qui attaquaient les convois de chariots et de mulets circulant sur la route de San Antonio à Laredo y entraient jadis à cheval. Ils disposaient d’une grande salle souterraine qui leur servait d’écurie. Plus loin se trouvait leur salle du trésor, el apartado del tesoro, où s’amoncelaient pièces d’or et d’argent, doublons espagnols, vieux pesos carrés mexicains, chandeliers d’or, selles garnies d’argent et de pierreries, mors et éperons d’ouvrage précieux, armes ornées, et toutes sortes de riches dépouilles destinées aux grands personnages et aux cathédrales, sans compter le minerai des mines voisines — car, au temps des Espagnols, cette région comptait de riches exploitations minières.
Selon la tradition mexicaine, une fois ce trésor accumulé, un terrible dragon serait apparu, aurait tué plusieurs des bandits et mis les autres en fuite. Ce dragon possédait une queue hérissée de pointes et deux têtes, et la nuit on voyait jaillir du feu par ses naseaux. On en vint à l’appeler el celador del tesoro — le gardien du trésor — et il existe encore aujourd’hui des Mexicains qui n’oseraient en aucun cas profaner l’endroit qu’il continue, disent-ils, de garder.
M. Whitley m’a raconté un autre épisode venu s’ajouter à la légende. Il y a bien des années, à ce qu’il avait entendu dire, un certain Blanc ayant tout du vieux frontierman visitait le pénitencier de Huntsville lorsqu’il s’entendit soudain interpeller en espagnol. Il s’arrêta. Un Mexicain venait de s’approcher de lui, suppliant qu’on le laisse parler. Le gardien y consentit, et le prisonnier lui livra alors toute son histoire dans sa langue.
Il purgeait une peine à perpétuité et était le seul survivant d’une bande de brigands meurtriers. Tout leur butin, disait-il, se trouvait encore dans une grotte au sud de San Caja. Si le Blanc acceptait d’aller le récupérer, il pourrait en garder la moitié, à condition d’utiliser l’autre moitié pour faire libérer le prisonnier. Il lui donna des indications à peu près ainsi : aller sur le versant sud-est de la montagne, avancer environ un mile jusqu’à deux petites bosses, puis descendre encore à peu près la même distance dans une sorte de ravin, où l’on trouverait une ouverture menant à la salle du butin. L’homme partit suivre ces indications, mais il était déjà âgé, et la mort l’emporta avant qu’il n’ait pu retrouver le trésor.
« Il y a bien, dit M. Whitley, deux petites hauteurs sur le versant sud-est de la montagne, mais elles sont à deux miles et non à un, ce qui prouve qu’un Mexicain n’a pas le sens des distances. Quand il donne une direction, il dit toujours un pedacito — “un petit bout” — et cela peut vouloir dire un demi-mile comme cinq miles. » Quoi qu’il en soit, le terrain ne semble pas correspondre aux mesures données par le prisonnier.