La légende de la prédiction du Kelpie de la rivière Conon [Conon Bridge / Highland Council / Royaume-Uni]

Published on Feb. 24, 2026 Themes: Cheval , Cheval fantôme , Fleuve | Ruisseau | RIvière , Gué , Mort , Prédiction , Voir l'avenir , 22 vues

Conon Old Burial Ground
Conon Old Burial Ground. Source Fiona on findagrave.com
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Source: Gibbings, W.W. / Folklore and Legends: Scotland (3 minutes)
Contributeur: Fabien
Location: Gué sur le Conon / Conon Bridge / Highland Council / Royaume-Uni
Location: Conon Old Burial Ground / Conon Bridge / Highland Council / Royaume-Uni

Le Conan est une rivière aussi jolie que nous en ayons dans tout le Nord. Il y a bien des coins doux et ensoleillés sur ses rives, et bien des fois, quand j’étais garçon, j’ai traversé ses hauts-fonds à gué pour y tendre ma petite ligne à truites et à anguilles, ou pour ramasser les grosses moules perlières qui gisent si serrées dans les gués. Mais ses belles berges boisées sont faites pour profiter du jour — pas pour y passer la nuit.

Je ne sais pas comment l’expliquer : ce n’est pas un de ces cours d’eau sauvages qui serpentent en solitude dans une contrée déserte, comme l’Aven ; ni un torrent qui dévale en écume et en tonnerre sur des rochers brisés, comme le Foyers ; ni une rivière qui se vautre dans l’obscurité, profond, profond, dans les entrailles de la terre, comme l’effrayant Auldgraunt ; et pourtant, aucune de ces rivières n’a plus d’histoires — ni d’histoires plus terribles — attachées à son nom que le Conan. On peut à peine flâner un demi-mille le long de son cours, depuis l’endroit où il quitte Coutin jusqu’à celui où il entre dans la mer, sans passer près de la scène de quelque vieille légende effrayante de kelpie [cheval-démon des eaux du folklore écossais] ou de spectre des eaux.

Et l’un des endroits qui ont l’air le plus sinistre se trouve dans les bois de Conan House. Vous entrez dans une prairie marécageuse qui ondule de joncs et de roseaux comme un champ de blé au temps de la moisson, et vous voyez un petit tertre couvert de saules se dresser comme une île au milieu. De tous côtés s’étendent des bois épais et sombres ; la rivière, noire et redoutable, tourbillonnant en ronds sans fin dans des remous moussus, s’enfuit derrière ; et, au sommet, il y a un vieux cimetière, avec les ruines brisées d’une ancienne église papiste. Parmi les pierres les plus grossières, on distingue les meneaux sculptés de roses d’une fenêtre en arc, et l’auge de pierre qui contenait autrefois l’eau bénite.

Il y a environ deux cents ans — un peu plus peut-être, ou un peu moins, car on ne peut jamais être bien sûr des dates de ces vieilles histoires — le bâtiment était encore entier ; et tout près, là où le bois pousse aujourd’hui le plus dru, il y avait un champ de céréales. On voit encore, entre les arbres, les traces des sillons.

Un jour de moisson, des Highlanders étaient occupés à couper le blé de ce champ ; et, vers midi, quand le soleil brillait le plus fort et qu’ils travaillaient le plus ardemment, ils entendirent une voix venue de la rivière s’écrier :
— L’heure est venue, mais pas l’homme.

Et de fait, quand ils se retournèrent, voilà le kelpie qui se tenait dans ce qu’on appelle un gué trompeur, juste en face de la vieille église. Il y a un bassin profond et noir au-dessus comme au-dessous ; mais au gué, une belle ride d’eau donne l’illusion d’une faible profondeur ; et, juste au milieu — là où un cheval devrait nager — se tenait le kelpie. Il répéta encore :
— L’heure est venue, mais pas l’homme.

Puis, filant à travers l’eau comme un canard, il disparut dans le bassin d’aval.

Tandis que les gens se demandaient ce que la créature pouvait bien vouloir dire, ils virent un homme à cheval débouler au galop du haut de la colline, dans une hâte brûlante, droit vers le gué trompeur. Ils comprirent alors aussitôt ses paroles ; et quatre des plus robustes d’entre eux bondirent hors du blé pour l’avertir du danger et le retenir.

Ils lui racontèrent ce qu’ils avaient vu et entendu, et le supplièrent soit de rebrousser chemin et de prendre une autre route, soit d’attendre une heure environ là où il était. Mais il ne voulut rien entendre : il était à la fois incrédule et pressé, et il aurait franchi le gué malgré tout ce qu’ils pouvaient dire, si les Highlanders, résolus à le sauver qu’il le veuille ou non, ne s’étaient rassemblés autour de lui pour l’arracher à son cheval ; puis, pour être sûrs de le retenir, ils l’enfermèrent dans la vieille église.

Eh bien, quand l’heure fut passée — l’heure fatale annoncée par le kelpie — ils ouvrirent la porte à la volée et lui crièrent qu’il pouvait maintenant reprendre sa route. Ah ! mais il n’y eut pas de réponse. Ils crièrent une seconde fois : toujours rien. Alors ils entrèrent et le trouvèrent étendu raide et froid sur le sol, le visage plongé dans l’eau du même bassin de pierre — celui-là même qu’on peut encore voir parmi les ruines. Son heure était venue : il avait été pris d’un malaise, semble-t-il, et était tombé la tête la première dans l’eau de l’auge, où il s’était étouffé — et ainsi, vous voyez, la prophétie du kelpie ne servit à rien.


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