Sur un groupe d’îles situé entre Kembs et Niffer, là où ne poussent d’ordinaire que des roseaux, des broussailles basses et des épilobes, on voit surgir, au temps de l’Avent, vers minuit, une église élancée ornée de tours et de coupoles, que le peuple appelle l’église des fantômes ou encore l’église de brouillard. Elle ne semble pas reposer sur un sol ferme, car ses tours se déplacent doucement tantôt ici, tantôt là, semblables à deux voiles blancs et transparents. On dit que cette église, où une grande foule avait cherché salut et refuge, fut engloutie par les flots impétueux du Rhin, et que le son de sa cloche peut encore parfois s’entendre, pareil à un léger murmure d’esprits.
À la suite d’un pari, deux hardis garçons s’étaient engagés, il y a des années, à rendre visite à cette église fantôme par une claire nuit de décembre éclairée par la lune. Mais à peine eurent-ils abordé l’île qu’une brusque rafale s’engouffra dans l’édifice, qui se dispersa aussitôt comme une vaine apparition de brouillard.
Une autre île du Rhin est appelée « ’s Jumpferegeflecht ». On prétend que les jeunes filles trop fières, qui ont distribué les refus avec leur panier jusqu’à devenir vieilles sans jamais se marier, sont, après leur mort, condamnées sur cette île et doivent y tresser des paniers avec les saules qui y poussent en abondance, jusqu’au Jugement dernier.


