La légende de l'origine du nom de Via della Morte à Florence [Firenze / Città Metropolitana di Firenze / Italie]

Published on Oct. 29, 2025 Themes: Cimetière , Epidémie , Femme , Mort , Noblesse , Nom , Nuit , Origine , Origine d'un nom , Résurrection , 61 vues

Via del Campanile (Via della Morte)
Via del Campanile (Via della Morte). Source zzy002yzz@163.com, CC BY 3.0 <https://creativecommons.org/licenses/by/3.0>, via Wikimedia Commons
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Source: Leland, Charles Godfrey / Legends of Florence: Collected from the People, Volume 2 (3 minutes)
Contributeur: Fabien
Location: Via del Campanile (via della Morte) / Firenze / Città Metropolitana di Firenze / Italie

Comme il existe à Florence les rues de l’Enfer, du Purgatoire, du Limbe et du Squelette, on peut supposer qu’une rue de la Mort — la Via della Morte — ne manque pas. Elle est liée à une histoire de Boccace, si connue et si semblable à d’autres ailleurs que j’avais d’abord songé à l’écarter ; mais, puisqu’on peut s’y attendre dans un tel recueil, je lui fais place.

La Via della Morte va de la Piazza del Duomo à la Via Calzaioli, au-delà de la Misericordia. En 1343, alors que s’affrontaient à Florence noblesse et popolani (le peuple), vivait parmi ces derniers un jeune homme, Antonio Rondinelli, qui aimait — et était aimé de — Ginevra di Almieri, de condition patricienne. Que son père refusât un tel mariage va de soi, et il l’obligea à épouser un noble nommé Francesco Agolanti.

Vint alors l’horrible peste de 1400 ; Ginevra, frappée, tomba en léthargie et on la crut morte. En ces temps, on n’attardait guère les funérailles : on porta hâtivement le corps dans le caveau familial, entre la cathédrale et le campanile, juste au-dessous du bas-relief d’Orphée jouant du luth. La suite s’entend dans les vers ci-dessous, où je suis la prose populaire telle qu’on la conte encore, et comme elle se lit dans divers livrets :

« Et puis, à minuit, revenant à elle,
Ginevra Agolanti vit la lune
Qui, par une étroite ouverture, luisait.
Muette d’effroi, regardant alentour,
Elle se trouva dans un caveau funèbre,
Hôte du silencieux séjour de la Mort.

Pourtant son corps gardait des forces, plus encore son esprit.
Après long effort, elle rompit les bandelettes
Qui l’enveloppaient, souleva la pierre
Au-dessus du tombeau, et s’évada ;
Et, libre, se trouva toujours en grand péril,
Seule, à minuit, bien loin de sa maison.

Elle prit aussitôt le chemin de la demeure,
Passa par la rue qu’on nomme depuis
À Florence la Rue de la Mort,
En mémoire — dit-on — de cet événement,
Et, frappant à la porte, cria haut :
“C’est moi, Ginevra — ouvrez-moi !
Ouvrez vite, ou je mourrai encore.
Ouvrez, vous dis-je, car je suis vivante.”

Alors son mari, moitié d’effroi mortel,
Moitié de colère, répondit : “Va-t’en !
Tu es sorcière, ou quelque esprit immonde,
Qui as hanté ce corps ou pris la forme
De celle qui fut ma femme — et qui est morte !
Ceux qui meurent en Dieu ne reviennent pas ;
Donc, chose mauvaise, ôte-toi de là !”

Tout épouvantée, la dame s’éloigna
Vers la maison de son père, près San Andrea,
Au Mercato Vecchio — là encore
On la repoussa sous d’amères paroles ;
Et gagnant les Calzaioli, elle s’assit
Sur les marches de Saint-Barthélemy,
Et, méditant, interdite, se dit :
“Se peut-il donc que je sois vraiment morte ?

N’aurais-je que l’apparence d’un corps ?
Est-ce là simple mémoire d’un esprit
Par quoi je crois penser comme autrefois ?
Ne suis-je qu’un fantôme parmi les vivants ?

Un lieu me reste, et lui seul,
Où l’on croira peut-être que je vis :
La maison de Rondinelli, celui qui m’aimait —
Le seul qui m’aimât bien.
C’est mon ultime recours.” Elle y alla,
Et, frappant derechef, se lamenta :
“Je suis Ginevra Agolanti — Je me suis levée du tombeau, sans être morte,
Et je viens à toi comme les morts vont
Vers une meilleure vie. Oh, laisse-moi entrer !
En vérité je ne suis pas morte, mon cher amour !”

Et Rondinelli, l’entendant, répondit :
“Sois-tu démon ou follet malfaisant,
Quiconque tu sois, portant cette forme
Et parlant de cette voix, je t’ouvrirai ;
Car je devine ici quelque étrange mystère.
Qui, tel que moi, a perdu tout l’amour de la vie
A peu sujet de craindre la figure de la mort.”
Et ce disant, il ouvrit grand la porte,
La prit par la main et la fit entrer
Devant ses parents — ils ouïrent le récit —
Et, dès cette heure, elle ne le quitta plus. »

On ajoute que les tribunaux de Florence décidèrent, dans ce cas, que Ginevra Agolanti, ayant été morte et enterrée et reçu les derniers sacrements, et son mari l’ayant refusée, son mariage était nul : elle était effectivement divorcée. De cette sentence (selon Boccace) elle usa pour épouser Rondinelli.


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