La légende du Hans-Trapp [Wissembourg / Bas-Rhin / France]

Published on Feb. 3, 2026 Themes: Bergère , Cannibalisme , Diable , Excommunication , Foudre , Hans-Trapp , Mort , Pape , Punition , 83 vues

Château de Berwarstein
Château de Berwarstein. Source Ulli1105, CC BY-SA 2.5, via Wikimedia Commons
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Source: Henry Ganier / Jules Froelich / Voyage aux châteaux historiques des Vosges septentrionales (3 minutes)
Location: Geisberg / Wissembourg / Bas-Rhin / France
Location: Château de Berwarstein / Erlenbach bei Dahn / Rhénanie-Palatinat / Germany

En 1486, le prince-électeur donna le Bærbelstein au maréchal de sa cour, Hans de Tratt. Celui-ci était un homme violent et emporté, batailleur, ne rêvant que plaies et bosses, n’aimant que les coups d’estoc et de taille, les combats et aussi le jeu et les femmes. Sa vie ne fut qu’une suite de luttes à main armée et de querelles toujours suscitées par lui. Jean de Tratt fut proscrit, en 1496, par Maximilien Ier, sur les instances du pape.

La légende s’est attachée à ce tyrannique personnage ; elle est encore bien vivace en Alsace, et certainement plus connue que l’histoire.

Jean de Tratt avait touché aux biens de l’Eglise, sacrilège dont il eut à se repentir. De par les chroniques wissembourgeoises, le bouillant chevalier de Tratt, après sa mort, est devenu l’odieux Hans-Trapp, le croquemitaine d’Alsace, qui nous a tous fait frémir dans nos jeunes années. Aujourd’hui, le spoliateur des moines de Wissembourg est l’esclave soumis du doux enfant Noël ; armé d’une verge, il est l’exécuteur des hautes œuvres du Christ-Kindel, et ensemble ils font leur tournée annuelle dans les familles. Aux enfants sages, le petit Noël distribue à pleines mains les jouets, les bonbons, les pommes d’api, les noix dorées. Mais quand une malheureuse mère est obligée d’avouer que l’un ou l’autre de ses enfants s’est distingué, pendant l’année, par sa mauvaise conduite, sa paresse, son indocilité, le bon Christ-Kindel s’efface à regret, pour faire place au farouche Hans-Trapp. Celui-ci alors, par quelques bons coups de verge, rappelle au petit mutin ce qu’il doit à ses parents. Bien plus, il prend, dans une ample provision qu’il a en réserve dans sa hotte, une belle verge recouverte de cristaux sucrés bien aigus, et l’offre libéralement à la maman pour les corrections à venir. Mais aussi, Hans-Trapp est la terreur de tous les petits méchants et même des bons, car eux aussi vivent rarement sans quelques légers méfaits sur leur jeune conscience.

La légende raconte encore que, pour s’être emparé des biens de l’abbaye, Hans-Trapp fut frappé d’excommunication majeure par le saint-père. Rejeté de la communion des fidèles, abandonné de tous les siens, le sinistre chevalier se retira dans le repaire qu’il s’était fait construire au sommet du Geisberg. Dans la solitude, tous ses instincts sauvages prirent le dessus, les passions les plus abominables s’emparèrent de son âme, et des goûts sanguinaires, tels que celui de la chair humaine, se développèrent en lui. Un jour, guettant du haut de son nid d’aigle une proie pour assouvir ses horribles appétits, il aperçut dans la plaine une jeune et gentille bergère menant paître son troupeau de chèvres sur les flancs de la montagne.

Hans-Trapp aussitôt sortit de son antre ; en quelques bonds il rejoignit la pauvrette, lui plongea son épée dans le cœur, et s’en retourna, emportant sur son dos la triste victime. L’ayant découpée en morceaux, il allait se repaître de ses chairs encore pantelantes, quand au même moment il tomba foudroyé. La colère céleste venait de le frapper, avant qu’il pût jouir de son monstrueux repas.

Cette sombre et naïve légende nous a été transmise pour l’éternelle honte de Hans-Trapp, que dans notre enfance nous avons tous revu à Noël, et dont nous nous servons à notre tour, quand par une salutaire menace nous voulons frapper l’imagination des chers petits diables auxquels sera confiée la mission de perpétuer nos familles. Pauvre Hans-Trapp! s’il aimait tant la chair fraîche, il était incontestablement un grand criminel. Mais puisque, de l’aveu du chroniqueur de l’abbaye, il aimait aussi beaucoup le vin, — il lui sera beaucoup pardonné, pour peu que le bon Dieu veuille prendre avis des apôtres du Wolxheim, du Riquewihr, du Ribeauvillé, et de tant d’autres excellents crûs de notre terre bénie d’Alsace.


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