La légende de l'aide de Saint Mullins [Saint Mullin's / Carlow / Irlande]

Veröffentlicht am 25. März 2026 Themen: Architecte , Construction , Eglise , Légende chrétienne , Miracle , Moquer , Ouvrier , Pauvre , Saint | Sainte , Saint Mullin , 3 vues

Site monastique de Saint Mullin
Site monastique de Saint Mullin. Source VisionsofthePast, CC BY-SA 4.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0>, via Wikimedia Commons
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Source: O'Hanlon, John / Irish local legends (3 minutes)
Contributeur: Fabien
Ort: Eglise Saint Mullin / Saint Mullin's / Carlow / Irlande

« On l’appelait Gobban Saer, et bien des récits
Courent encore par les chemins creux du pays :
Comment il fendit le roc et, le long du vallon,
Conduisit la rivière claire, comme un enfant, par la main ;
Comment, sur d’immenses navires, il déploya de grandes voiles,
Et mille autres merveilles qu’il fut le premier à concevoir. »
— Thomas Darcy McGee, The Gobban Saer

On raconte encore, dans les environs de St. Mullins, bien des traditions sur le Gobban Saer. En voici une.

On dit qu’étant le plus habile bâtisseur d’Irlande, il arriva un jour, les pieds meurtris et le corps las, à l’église de St. Mullins, qui était alors en construction. Il s’intéressait toujours beaucoup à l’édification des églises ; et, lorsqu’il n’en était pas lui-même l’architecte, il aimait visiter les chantiers dont il savait l’avancement, afin d’aider les ouvriers ou de leur donner des conseils utiles.

Il voyageait d’ordinaire dans ses habits de travail, tout en loques et déchirés : à son apparence, personne n’aurait pu deviner qu’il était un architecte d’un génie hors pair. Quand il arriva à St. Mullins, un groupe d’artisans et de manœuvres travaillait sous la conduite d’un contremaître ; on posait alors la charpente du toit. Le Gobban s’assit sur une pierre non loin de là et observa longuement leurs travaux.

Les ouvriers remarquèrent l’étranger et se moquèrent de son pauvre accoutrement, tandis qu’il les regardait. À la fin, ils lancèrent des remarques peu aimables ; et le Gobban, pourtant accompli, dut les supporter patiemment, malgré son salut initial, le plus ordinaire :
— « Que Dieu bénisse l’ouvrage, les gars ! »
— Dis donc, d’où est-ce que tu traînes aujourd’hui, espèce de vagabond fainéant ? cria un homme juché sur le toit.
— Ça ne te regarde pas, répondit le Gobban Saer.
— Tu cherches du travail, mon brave ? Tu sais faire au moins une journée correcte ? demanda un autre manœuvre.
— Vous le saurez en temps voulu, répondit le Gobban à ce questionneur impertinent.
— Tu as appris un métier, au moins ? demanda le contremaître.
— Peut-être oui, peut-être non, dit le Gobban, et il se peut que vous ayez besoin de moi bientôt.
— Et quel métier as-tu appris, mon brave ? reprit le contremaître.
— J’en connais beaucoup, répondit le Gobban.
— Alors tu dois être un “touche-à-tout” et bon à rien, dit le contremaître.
— T’es maçon ? lança l’un des ouvriers, occupé à tailler une pierre d’angle pour la sacristie.
— Oui, et maître-maçon, répondit le Gobban.
— Et peut-être charpentier aussi ? cria un autre qui sciait des planches pour fabriquer les portes de l’église.
— Oui, et de première classe, répondit le Gobban.
— Je suppose que tu sais aussi travailler le fer ? lança un homme à l’enclume, forgeant des verrous pour les portes.
— Oui : forgeron, serrurier, et même orfèvre, répondit le Gobban.
— Tu fais partie d’une corporation ? demanda le contremaître. Tu peux montrer ta carte de membre ?
— Non, je n’en ai pas et je ne peux pas, dit le Gobban ; mais pendant que je grignote un bout de galette d’avoine et que je me repose ici, je resterai à portée pour vous montrer ce que je sais faire.

À ce moment précis, l’homme sur le toit posait des chevrons. Il lui fallait tailler une cheville — un coin — pour fixer l’un d’eux sur une poutre. Mais, après plusieurs essais à l’herminette, il n’arrivait pas à lui donner la forme qui convenait au trou prévu ; et il finit par avouer son échec au contremaître.

Comme le contremaître se croyait fort malin, il demanda alors au Gobban s’il saurait, lui, tailler la cheville de façon à remplir exactement l’emplacement. On lui montra le trou, haut perché dans l’un des bois de la charpente.
— Donnez-moi une hachette, dit-il, et je vous façonne la cheville ici en moins d’un clin d’œil.

Le contremaître lui tendit une hache. Le Gobban étala son mouchoir sur une pierre, « pour ne pas abîmer le tranchant », et tailla rapidement la pièce. Puis il la lança en l’air vers le trou ; et, juste après, il lança aussi la hache. L’outil retomba sur la cheville, qui s’enfonça d’un coup à la bonne place et s’ajusta parfaitement dans l’ouverture.

— Lequel d’entre vous est capable de faire ça ? cria l’étranger, regardant triomphalement le cercle d’ouvriers.
— Par ma foi, s’écrièrent-ils tous, ça, c’est renversant… et vous êtes un sacré génie !
— Je vous l’avais dit, répondit-il, que vous auriez besoin de mon aide. Et je ne crois pas que vous vous moquerez encore de moi.

Il s’était assez reposé. Ayant terminé la dernière bouchée de sa galette d’avoine, il remit son chapeau, prit son bâton de prunellier noir et reprit la route.

Il ne leur avait pas dit son nom — et ce n’était pas nécessaire : tous comprirent qu’aucun homme en Irlande ne pouvait accomplir un tel tour de main, si ce n’est le Gobban Saer.


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