Il y a très, très longtemps, il ne faisait pas bon être dans le petit bois de Winkästeig et de Pfi, près de Muolen. Non loin de Risershus habitait la Holz-Nann ; elle était plus souvent dans la forêt qu’à la maison. Mais elle y causait toutes sortes de méfaits. Souvent, elle ensorcelait les enfants si bien qu’ils ne pouvaient plus retrouver leur chemin hors du bois avant la nuit noire. Plus d’un homme aussi ne parvenait soudain plus à avancer ; lui-même ne savait pas pourquoi.
Les voisins se lamentaient, leurs vaches étaient ensorcelées ; bref, tout le monde la craignait. Un jour, à Risershus, on jouait de la musique à l’auberge, et la Holz-Nann quitta complètement sa maisonnette à cause de cela. Alors lui vint l’idée extravagante de se pendre à un fil. Elle essaya, et cela réussit réellement. Un soir, on l’enterra là-haut dans la forêt. Peu après, on entendit dire que la Holz-Nann hantait la forêt.
Or il arriva une fois qu’un charpentier de Häggenschwil revenait de Muolen à travers la forêt. Par bravade, il cria : « Holz-Nann, viens ! Viens donc me chercher ! »
Quand il fut bientôt presque rentré chez lui, il s’aperçut que sa bobine noire de cordeau avait glissé ouverte dans son sac. Il suivit la corde en arrière et vit, dans la forêt, qu’elle lui était tombée précisément à l’endroit où il avait appelé la Holz-Nann. Avec un bâton, il creusa le sol et vit que c’était là que la Holz-Nann avait été enterrée. Il devint tout pâle, tomba à la renverse et fut un cadavre.
Dans la même forêt, il y avait aussi des Steiwörfer, c’est-à-dire des lanceurs de pierres. Quand on traversait le bois, ils jetaient des pierres sur les gens ; mais jamais personne n’était touché.
G. Kägi
La tradition populaire dit que les sorcières peuvent même se pendre à un « Spinnmuggefade », c’est-à-dire à un fil infiniment ténu, comparable à un fil d’araignée.
Tradition orale
