« Quelque chose [...] est arrivé là-bas, au vieux Carmel place, en dessous de Lagarto. Tu sais, c’est seulement à deux ou trois miles au nord de Casa Blanca, cet endroit dont on raconte tant d’histoires. Je ne sais pas bien ce qu’il faut croire au sujet de ce Carmel place, mais, aussi vrai que tu es né, il s’y est passé des choses. Certains disent que des prêtres espagnols y ont enterré de l’argent alors qu’ils essayaient de le ramener au Mexique. Et M. Ed Dubose, un jour où je faisais la cuisine pour lui et pour d’autres messieurs partis chercher un trésor enfoui, disait avoir vu l’empreinte d’un coffre de fer dans un trou voisin. La rouille marquait encore le sol tout autour de l’endroit où la boîte avait reposé, et ils n’étaient arrivés qu’un jour trop tard. Quelqu’un d’autre les avait devancés — mais c’était peut-être aussi bien comme ça. Il y a aussi, à ce Carmel place, une vieille tombe faite de pierres et de ciment.
Certains disent qu’il s’y trouve aussi une mine d’argent ou d’or, que les Espagnols exploitaient autrefois, mais qui serait aujourd’hui cachée au point que personne ne peut plus la retrouver.
[...]
Le vieux Miller, lui, cherchait sans cesse un moyen de mettre la main sur cet argent. Il avait demandé à son berger — qui gardait un troupeau de chèvres au sud du ranch voisin du Carmel place — d’ouvrir l’œil au moindre signe. Un jour, ce gardien s’aperçut qu’il avait perdu un gros bouc. Il partit à sa recherche et erra trois jours avant de tomber sur la moindre trace. Puis, un soir, vers le coucher du soleil, il aperçut le vieux bouc debout sur le côté d’un ravin, broutant l’herbe comme si de rien n’était. Il se dirigea vers l’endroit, mais en y arrivant il n’y trouva plus rien — seulement deux micocouliers morts. C’était une clairière naturelle, et il n’y avait pas d’autre micocoulier à un mile à la ronde. Il affirmait avec certitude que ces arbres n’étaient pas là quand il avait commencé à chercher. Et il ne retrouva plus la moindre trace du bouc, pas même une empreinte. »

